| | |

Élections législatives algériennes de 2026 : un intellectuel kabyle dénonce une « mascarade coloniale » et appelle au rejet du scrutin pour confirmer le Zero Vote kabyle de 2021 et 2019

EXIL (SIWEL) — À quelques semaines des élections législatives algériennes prévues le 02 juillet 2026, le sociologue kabyle Raveh Urahmun livre une analyse du processus électoral en Kabylie. Dans un texte de fond, il estime que la participation au scrutin ne constitue ni un levier de changement ni un acte démocratique, mais une forme de caution apportée à un système colonial, répressif et hostile aux aspirations nationales kabyles. Revenant sur la rupture historique entre la Kabylie et l’État algérien explicitée notamment par le Zéro Vote de la Kabylie à l’élection présidentielle algérienne du 12/12/2019 et aux élections législatives du 12/06/2021, il considère que la proclamation de la République fédérale de Kabylie marque une nouvelle étape politique qui rend désormais caduque toute participation aux institutions algériennes. Ci-dessous, le texte intégral :

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DU 2 JUILLET 2026 EN ALGÉRIE : De la propagande et de la manipulation du système*

À l’approche des élections parlementaires, la mécanique militaro-politique se remet en mouvement afin de pousser la Kabylie à voter, au moyen d’une stratégie mêlant séduction et répression, dans le but de sortir le régime du cercle de l’illégitimité et de l’isolement international. Nous assistons à une mise en scène absurde des tribulations d’un pouvoir à bout de souffle et de ses obligés. Le phénomène de la manipulation et de la corruption atteint son paroxysme, imposant soumission et compromission, et entraînant toujours plus loin dans l’ignominie.

Depuis 2001, et plus encore depuis 2021, le pouvoir a redoublé de férocité, d’abjection et de mépris envers le peuple kabyle, davantage encore depuis la proclamation de la renaissance de l’État kabyle et la déclaration de l’indépendance de la Kabylie. Il livre désormais la Kabylie en pâture à ses relais locaux, à ses obligés pavloviens sans envergure, à ces hurleurs du désert qui aboient bruyamment pendant que passe la caravane de l’Histoire, porteuse de la promesse de liberté et de la libération de la Kabylie d’un colonialisme parmi les plus pernicieux.

Pour ceux qui l’ignorent encore, et faut-il le rappeler, je cite Frantz Fanon : « La colonisation est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité. » L’ordre colonial actuel se manifeste également par des hiérarchies raciales, comme c’est actuellement le cas en Kabylie.

Faut-il encore rappeler les atrocités commises par le pouvoir algérien contre le peuple kabyle ? Faut-il expliquer l’évidence à ceux qui vivent eux-mêmes dans le mépris mais choisissent la soumission ? Ils le savent. Mais l’aliénation est profonde, et le désir de possession l’est tout autant. La réalité est que tout Kabyle, quel que soit son rang, demeure menacé dans son existence même. Le Kabyle n’est toléré qu’en tant qu’instrument provisoire. Les exemples abondent : ministres et premiers ministres assassinés ou emprisonnés, officiers supérieurs écartés, mis à la retraite ou incarcérés. La liste est longue. Violence, tyrannie, mort, exil : autant de marques qui ne s’effacent pas et demeurent gravées dans la conscience collective.

UN PEUPLE QUI OUBLIE MARCHE VERS SA DISPARITION.

DÈS LORS, POURQUOI LE PEUPLE KABYLE PARTICIPERAIT-IL À CETTE PARODIE ÉLECTORALE ?

-1/ LA PARTICIPATION : UNE ILLUSION POLITIQUE ET UNE COMPROMISSION MORALE

Les appétits des proxys kabyles s’aiguisent, malgré leur lucidité sur la réalité du système. Ils oublient qu’il n’y aura que quelques sièges distribués à des personnages soigneusement choisis. Même dans l’hypothèse irréaliste d’une quarantaine d’élus kabyles au sein d’un parlement de près de 500 membres, quel poids réel auraient-ils ? Aucun. Ils ne seraient, comme toujours, que des marionnettes servant de vitrine à une démocratie de façade.

Qu’ont apporté à la Kabylie tous ceux qui ont siégé depuis 1962 dans un parlement sans pouvoir réel, derrière lequel se cache l’honneur factice de la dictature ? Plus encore : qu’ont apporté à la Kabylie ceux-là mêmes qui ont participé aux gouvernements successifs depuis l’indépendance ?

Le constat est accablant : massacre, incendie, prison, exil, peur, appauvrissement économique, écocide programmé, dépossession identitaire, culturelle, linguistique et territoriale. Les terres sont spoliées, des populations déplacées ou remplacées, jusqu’à l’interdiction symbolique du mot « kabyle ».

La répression ne se limite pas aux prisons ni à l’incarcération physique. Elle s’étend à l’espace symbolique, là où se construisent la mémoire, la contestation et l’indignation collective. Participer à ces élections revient dès lors à cautionner l’asservissement d’une Kabylie assiégée et tyrannisée.

Nous sommes face à un décor où chacun continue de jouer son rôle sans croire réellement au scénario. Le plus vertigineux demeure cependant la normalisation de l’absurde. Les élections approchent comme si le passé n’avait jamais existé. Les discours tournent en boucle tandis qu’une société entière s’habitue progressivement à vivre dans le brouillage du réel.

Les prétendants kabyles au poste de député donnent l’image d’êtres égarés, fragilisés moralement, cherchant protection auprès d’un système qui les méprise et les condamne, à terme, à l’effacement, tout en lui prêtant allégeance. Comment expliquer que des responsables politiques et des personnes emprisonnées pour leur kabylité, qui appelaient hier au boycott, en viennent aujourd’hui à appeler à la participation à un scrutin, à briguer des candidatures lorsque le processus est verrouillé dans ses mécanismes comme dans ses finalités ? Alors surgit inévitablement la question : lâcheté, trahison ou corruption ?

DANS LE CONTEXTE D’EFFACEMENT DU PEUPLE KABYLE, PARTICIPER, DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT, À CETTE PARODIE ÉLECTORALE EN KABYLIE N’EST PAS SEULEMENT UN ACTE INDIVIDUEL, C’EST LE SYMPTÔME D’UNE MALADIE POLITIQUE ET MORALE.

Une maladie nourrie par deux vecteurs : l’aliénation idéologique et mentale d’une part, la trahison d’autre part, cette forme ignoble de rupture des liens humains.

CE N’EST PLUS SEULEMENT UNE CRISE POLITIQUE. C’EST UNE HALLUCINATION COLLECTIVE ENTRETENUE DEPUIS DES DÉCENNIES.

-2/ UNE RUPTURE HISTORIQUE ENTRE LA KABYLIE ET L’ÉTAT ALGÉRIEN

Il convient de rappeler que le vote n’a jamais véritablement concerné la Kabylie. Le Kabyle n’a jamais été considéré comme un citoyen à part entière. Le peuple kabyle s’est de tout temps démarqué d’une Algérie qui l’a perçu, depuis sa naissance en 1962, comme un ennemi intérieur. Le boycott massif des élections majeures, souvent proche de 100 %, traduit cette rupture profonde.

La Kabylie s’est constamment opposée aux orientations fondamentales imposées depuis l’indépendance, notamment l’instauration du parti unique, l’arabisation forcée et l’islamisation généralisée. Ces désaccords historiques révèlent une divergence profonde de vision politique, culturelle et civilisationnelle, ainsi qu’un malaise existentiel né de la coexistence forcée de plusieurs peuples au sein d’un même territoire.

– 3/ LA RENAISSANCE POLITIQUE DU PEUPLE KABYLE

Le peuple kabyle a pris conscience de sa situation historique. Il a repensé sa condition et s’est réapproprié la conscience de ses droits, qu’il revendique désormais avec détermination. Sa position s’enracine dans une lecture lucide de l’Histoire, dans un sens aigu des responsabilités citoyennes et dans la conviction qu’un peuple doit pouvoir choisir librement son destin.

La renaissance de l’État kabyle a été proclamée au monde, de même que l’indépendance et la naissance de la République Fédérale de Kabylie (RFK). Les Kabyles se considèrent désormais comme citoyens de cette République. Le combat a changé de nature. Il ne se situe plus uniquement dans le cadre revendicatif porté brillamment par le Mouvement d’Autodétermination de la Kabylie (MAK).

Une étape historique a été franchie : la question kabyle dépasse désormais les frontières algériennes et s’inscrit progressivement dans le débat international. L’idée d’un État kabyle souverain s’invite désormais dans les réflexions géopolitiques contemporaines. La lutte se poursuit au nom de la République Fédérale de Kabylie et de l’État kabyle.

L’ANAVAD — Gouvernement kabyle en exil — entend désormais se placer au-dessus des querelles algéro-algériennes et assumer un rôle plus affirmé sur les plans politique, diplomatique et intellectuel. Son objectif est de conduire à une reconnaissance internationale rapide de la République Fédérale de Kabylie.

Raveh Urahmun, en exil, le 22 mai 2026.
(*) J’ai rédigé cet article avant la « sélection » des candidatures par l’ANIE (organisme officiel de sélection des candidatures). Le résultat est parlant.

SIWEL 301426 MAI 26

À lire aussi