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Revue de Presse | Entretien de Ferhat Mehenni avec Le Journal du Dimanche

ENTRETIEN. À quelques jours de la proclamation d’indépendance de la Kabylie, le fondateur du MAK, Ferhat Mehenni, justifie cette décision par une « répression continue depuis 1963 ».

Propos recueillis par Audrey Senecal

 

 

Le JDD. Ce dimanche 14 décembre, le Mouvement pour
l’autodétermination de la Kabylie (MAK), dont vous êtes le
président, déclarera l’indépendance de la Kabylie. Pourquoi
avoir choisi cette date ?


Ferhat Mehenni. Le 14 décembre est la date anniversaire de la
résolution 1514 de l’ONU par laquelle l’Assemblée générale engageait le
processus de décolonisation. En la choisissant pour déclarer
l’indépendance de la Kabylie, nous signalons à l’opinion internationale
que notre événement historique s’inscrit dans son sillage. C’est aussi une
manière d’interpeller les instances onusiennes sur l’impératif de mettre
à jour sa liste des territoires à décoloniser, fermée depuis 1961. La
répression continue qu’inflige l’Algérie à la Kabylie depuis 1963 appelle
à une seule solution : l’indépendance. Nous avons opté pour une
démarche pacifique, en recourant à la diplomatie sur la base des textes
consacrant le droit des peuples à l’autodétermination.

JDD. Vous avez déclaré à plusieurs reprises être prêt à discuter
avec l’Algérie, voire à repousser l’échéance de cette
déclaration sous certaines conditions. Lesquelles ?


F M. Les conditions énoncées depuis le 20 avril 2024 pour convenir avec
Alger des modalités et des échéances d’une consultation référendaire en
Kabylie sont la libération des prisonniers politiques, l’abrogation du
scélérat article 87 bis du Code pénal algérien, qui assimile des
revendications démocratiques à du terrorisme, et le retrait du MAK de la
liste des organisations terroristes dans laquelle elle a arbitrairement été
inscrite.

JDD. Pourriez-vous éventuellement y renoncer ?


F M. La sourde oreille opposée par l’Algérie à nos offres de dialogue ne
permet plus de retour en arrière.
Depuis quelques jours, le régime algérien organise une
riposte médiatique de grande ampleur, martelant que les
Kabyles ne veulent pas de cette indépendance…
Le régime colonial algérien est en train de s’épuiser et de dépenser des
sommes colossales pour faire croire que la Kabylie veut rester
algérienne. C’est là le signe d’une fébrilité qui se constate à l’approche de
chaque décolonisation d’un territoire non autonome. En ce qui nous
concerne, nous avons apporté la preuve de l’aspiration profonde de la
Kabylie à sa liberté. Cela fait six élections présidentielles et législatives
que la Kabylie boycotte les urnes à notre appel. La Kabylie est
aujourd’hui dans un no-man’s land géopolitique. Elle n’est rattachée à
l’Algérie ni par l’instance exécutive, ni par l’instance législative, ni par la
Constitution. Il lui faut sortir de cette impasse. Nous estimons que la
déclaration d’indépendance de ce 14 décembre en est la voie royale.

JDD. Ne craignez-vous pas que cette initiative mène à des
représailles sur place, notamment à l’encontre de prisonniers
kabyles détenus en Algérie ou encore du journaliste
français Christophe Gleizes ?
 
F M. La communauté internationale devrait empêcher une telle dérive.
L’Algérie est tenue au respect de la Déclaration universelle des droits de
l’Homme ainsi que par la Charte de l’ONU. Si Alger cède à la folie des
représailles, elle ne fera qu’accélérer l’avènement effectif de notre
indépendance et sera jugée responsable par la communauté
internationale d’une déstabilisation régionale que personne ne souhaite.
Je saisis l’occasion de cet entretien pour lancer un nouvel appel au
dialogue et à la retenue. Je rappelle également que nous sommes un
mouvement pacifique refusant de s’engager sur la voie de la violence. Je
continue à m’y attacher plus que jamais.
 
JDD. Avez-vous reçu le soutien de puissances étrangères ?
Comptez-vous sur celui de la France ?
 
F M. Nous avons des promesses de reconnaissance. Bien que des
personnalités politiques françaises nous ont assuré de leur soutien,
l’Élysée n’a pour le moment donné aucun signe dans ce sens.
 
 

SIWEL 102355 DEC 25

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