19 avril 2026 : la diaspora kabyle appelée à rompre le silence et à s’organiser au-delà des divergences politiques. Par Raveh Urahmun
EXIL (SIWEL) — À la veille des marches de commémoration des Printemps de Kabylie, une contribution du sociologue Raveh Urahmun appelle la diaspora kabyle à franchir un seuil politique en assumant pleinement son identité et son engagement. Dressant un constat sévère de la relation entre la Kabylie et l’État algérien depuis 1962, le texte présente la date du 20 Avril comme un moment de rupture historique et de prise de conscience collective. Il insiste sur la nécessité de dépasser la mémoire pour entrer dans une phase d’organisation concrète, en structurant une force politique capable de porter la revendication d’une souveraineté kabyle et de peser dans l’espace public, notamment en France :
LA MARCHE DU 19 AVRIL 2026 : APPEL À LA DIASPORA
La maman kabyle, dans sa sagesse ancestrale, dit à son enfant : « Ma tgiḍ ṣṛima ɣef yimi-k, Ad ssersen tavarda ɣaf aɛrur-ik *»
● Pendant longtemps nous nous sommes tus et on a fait de nous des mules. Nous n’avons pas eu le courage de regarder la réalité en face. Depuis 1962, un mensonge d’État s’est imposé. Un mensonge fait de négation, de stigmatisation et de violence. La Kabylie a vu ses enfants humiliés, emprisonnés, torturés, contraints à l’exil ou assassinés. Elle a vu sa terre brûlée, appauvrie : un appauvrissement programmé. Face à cela, nous avons longtemps répondu par l’espoir, par le dialogue, par la patience. En réalité, par naïveté.
● Nous avons cru, comme nos aînés, à un idéal de pluralité. Nous avons tendu la main. Nous avons attendu. Nous avons pensé faire pleinement partie de ce pays nommé Algérie. Mais l’histoire nous a rattrapés. Une question s’est imposée : Peut-on dialoguer avec un système qui nie notre existence ?
● Non ! Et « Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir », car les faits sont là, implacables, répétés : répression, haine, massacres, terreur, négation. Comme le disait Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »
● Ce que nous vivons n’est ni une dérive, ni un accident. C’est une logique. Celle d’un système politique construit sur l’effacement de notre peuple, qui affirme que le Kabyle est une anomalie à effacer, un produit supposé de la colonisation.
Le problème n’est pas seulement d’ordre économique ou politique tel qu’on peut le voir ailleurs : il révèle une absence de vision historique, de conscience morale, de compassion et une négation des valeurs humaines fondamentales. Ce qui est interprété en termes psychiatriques par sociopathe ou psychopathe selon les cas et les circonstances.
● Le 20 avril : une rupture, une vérité, un engagement. Ce n’est pas une date parmi d’autres. Elle est à la fois une blessure et une rupture irréversible. Mais elle est surtout une prise de conscience. C’est le jour où notre peuple a ouvert les yeux. Le jour où une illusion est tombée : celle d’un vivre-ensemble qui n’a jamais existé dans une Algérie où la Kabylie n’a rencontré que domination, marginalisation et violence. Ce jour-là, la Kabylie a compris qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même.
● Nous sommes un peuple. Un peuple qui fait face à un État qui lui est étranger. Un État qui a fait couler un fleuve de sang kabyle sur sa terre natale ; un torrent de larmes et de douleurs. La violence, la tyrannie, la mort sont indélébiles. Elles s’ancrent dans la conscience collective. Un peuple qui oublie s’expose à disparaître.
● Le peuple kabyle a pris conscience. Il a repensé sa condition. Il s’est réapproprié ses droits et les revendique avec détermination. Ce combat ne relève ni de l’impulsion ni du romantisme politique, il s’enracine dans une lecture lucide de l’histoire, dans un sens aigu des responsabilités et dans la conviction qu’un peuple doit pouvoir choisir son propre destin.
● Nous affirmons la renaissance de l’État kabyle. Nous affirmons la continuité de notre souveraineté, perdue après les tragédies de 1857 et 1871.
Nous affirmons la naissance d’une République fédérale de Kabylie. Et nous nous reconnaissons comme citoyens de cette République.
● Le 20 avril qui nous réunit chaque année n’est pas seulement un devoir de mémoire. C’est un point de départ. L’étincelle d’une renaissance nationale, la reconstruction d’une conscience nationale kabyle, enracinée dans la mémoire et tournée vers l’avenir. Une aspiration à la dignité, à la liberté et à la vie. Demain, nous rentrerons sur notre terre natale et nos enfants vivront dans la dignité au sein d’une Kabylie réconciliée avec elle-même et maîtresse de son destin, dans sa République fédérale de Kabylie.
● Appel à la diaspora : nous devons nous réunir au-delà des divergences qui sont en réalité minimes car tous nous portons dans le cœur la kabylité. Nous devons briser le mur de la peur et du silence, nous constituer en force politique, amener les politiques officielles des deux rives de la Méditerranée à nous distinguer de ce que l’on désigne par « communauté algérienne ». N’ayons pas peur de nous organiser dans la légalité de la République française, comme l’ont fait nos aînés, selon le modèle de la République villageoise, des Aarchs et confédérations.
Raveh Urahmun, exil le 16 avril 2026
(*) [Si tu acceptes de te taire, ils feront de toi une bête de somme.]
SIWEL 171417 AVR 26
