Laurent Cudkowicz : “Heureux (ou pas ?) comme un Kabyle en France”
SIWEL — Sur le quotidien The Times of Israel, Laurent Cudkowicz, l’auteur du SAMMO –Savoir Analyser les Maux du Moyen-Orient– a consacré un article à la déclaration d’indépendance de la Kabylie que s’apprête à proclamer le président Ferhat Mehenni ce dimanche 14 décembre 2025 :
SAMMO – Savoir Analyser les Maux du Moyen-Orient numéro 5 –
Il était impossible de ne pas s’en rendre compte : les Kabyles figuraient parmi les manifestants parisiens en soutien à Israël après le massacre du 7-octobre commis par les terroristes du Hamas et par des civils gazaouis[1]. Et leur drapeau flottait fièrement aux côtés des drapeaux israéliens.
Qui sont les Kabyles ? Un peuple de 10 à 12 millions d’âmes qui lutte pour son indépendance de l’Algérie depuis des décennies. Faisant partie des Berbères, ces peuplades d’Afrique du Nord qui ont résisté aux invasions islamiques, les Kabyles sont les seuls à revendiquer aujourd’hui, un territoire (en Algérie) et une autodétermination.
Le 14 décembre 2025, ils déclareront leur indépendance à Paris.
Cette déclaration d’indépendance fera de l’Algérie le pouvoir occupant de la Kabylie et de la Kabylie, un territoire occupé.
Autorisation : Mouvement d’autodétermination Kabyle
Pour le MAK-Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, c’est là la seule solution après plus de 20 ans de lutte pacifique et de tentative de dialogue avec le pouvoir algérien.
Boualem Sansal, récemment libéré des geôles du pays d’Albert Camus après un an de privation de liberté arbitraire, a confirmé ce qui était soupçonné : les prisons algériennes détiennent des centaines de prisonniers politiques kabyles.
Christophe Gleizes, journaliste sportif français vient d’écoper en appel d’une peine de 7 années de prison. Son seul tort est d’avoir parlé à un Kabyle qui aurait des liens avec le MAK.
Trois causes au moins expliquent ce soutien à Israël par le MAK, soutien d’autant plus courageux que la haine d’Israël est aujourd’hui et depuis le 8 octobre 2023, l’attitude normative des foules moutonnières à travers monde.
1ère cause : les Kabyles savent ce qu’est l’espérance du retour d’un peuple doté d’une langue, d’une culture, d’une identité sur sa terre ancestrale et ce en arrachant l’indépendance à un pouvoir fort. Le sionisme moderne qui contre toute attente, et en s’opposant aux esprits « raisonnables » occidentaux a réussi, en 70 ans, à parvenir à la création d’un État indépendant. L’empire ottoman d’abord, l’empire britannique ensuite ont abandonné le contrôle qu’ils exerçaient sur la Terre d’Israël biblique. Les sionistes modernes qui n’étaient pris au sérieux par personne au début de leur lutte, ont fini par atteindre leur but abritant aujourd’hui plus de la moitié des Juifs du monde.
2ème cause : la libération nationale, le refus du joug de toute forme d’esclavage physique et spirituel, comme celui duquel les Juifs souffraient en Égypte antique est devenu l’ADN du peuple hébreu. Rappelé quotidiennement trois fois par jour au moins comme un évènement fondateur qui avait touché l’ensemble des Bnei Israel – Enfants d’Israël – de manière charnelle, cette pulsion de liberté continue d’agir sur les Juifs même après plus de 3 000 ans. Cette force spirituelle se transforme en force de subsistance et constitue un exemple pour tous les peuples du monde en quête de liberté.
A condition toutefois qu’ils parviennent à se débarrasser de cette autre soumission que constitue la haine des Juifs ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Les Kabyles, qui, envers et contre tous, ne succombent pas à la tentation de l’antisémitisme vers lequel une gravitation mondiale pourrait les attirer, savent trouver l’inspiration dans le combat des Juifs pour leur liberté, qu’il soit moderne ou antique.
3ème cause : la lutte contre l’islamisme. L’islam, qu’il soit authentiquement utilisé comme fondement d’une expansion totalitaire islamique ou bien qu’il soit instrumentalisé comme tel, refuse toute autodétermination d’un peuple qui ne se ferait pas sous son joug. L’Algérie, considérée comme une terre musulmane dans sa totalité, ne saurait accepter l’indépendance d’une nation dont l’objectif serait la création d’une société démocratique et libre. Ainsi, la déclaration du Président Ferhat Mehenni dans une interview publiée ici le 18 avril 2025, ne peut que contredire la vision algérienne :
L’islam, majoritaire en Kabylie, est syncrétique. Il a été acclimaté à nos valeurs de tolérance, à nos anciennes croyances polythéistes, voire païennes. Changer de religion, ne pas observer le ramadan, ne pas prier ou boire de l’alcool est un droit pour chacun d’entre nous. Nous sommes culturellement prémunis contre la politisation du domaine religieux. Notre projet d’indépendance repose sur la laïcité, la séparation des sphères religieuse et politique, ce qui garantit cette liberté de conscience à laquelle notre société tient tant. C’est un contraste majeur avec le régime algérien, qui instrumentalise l’islam à des fins de contrôle sociopolitique et idéologique.[2]
Israël, on le sait particulièrement depuis le massacre du 7-octobre, trouve en l’expression politique de l’Islam rigoriste qui sévit dans presque tous les pays musulmans, l’incarnation du refus de son existence. Les pays tels que la République Islamique d’Iran, l’Emirat du Qatar et d’autres, manifestent par la parole et parfois aussi par les actes, leur refus d’une existence juive, ouverte, pluraliste et démocratique au cœur même de ce qu’ils considèrent comme leur possession absolue. Le refus de la Kabylie par l’Algérie, est analogue : comment accepter un état pluraliste, démocratique, au milieu d’une dictature d’obédience militaro-islamique ?
La Kabylie, au centre du débat électoral en France ?
Le 14 décembre 2025 sera sans doute retenu par l’Histoire, comme un jour très important sur le chemin de la Kabylie vers son indépendance. Oui, les soutiens officiels seront sans doute moins nombreux, en tous cas beaucoup moins que les soutiens non-officiels. Les mauvaises raisons ne manquent pas pour éviter de “fâcher l’Algérie encore plus”, même lorsqu’on n’entretient pas de relation diplomatique avec cette dictature militaire.
Mais, cette déclaration d’indépendance, aura le mérite de mettre le sujet sur la table et d’obliger les dirigeants du monde à se positionner. Peut-être même que la Kabylie deviendra un enjeu électoral français. Après que, face à l’emprisonnement de l’écrivain franco-algérien, Boualem Sansal, l’impuissance de la diplomatie française ait fait l’objet de fortes critiques, la reconnaissance de la Kabylie deviendra peut-être un débat national.
La Kabylie dans les Accords d’Abraham ?
Autorisation : Mouvement d’autodétermination Kabyle
Laura Roberts, est l’ancienne directrice exécutive du Groupe des Accords d’Abraham au Royaume-Uni. Fin novembre, alors que le MAK était en visite au Parlement britannique, Laura s’est exprimée en faveur de l’admission de la Kabylie au sein de ces Accords d’Abraham[3]. Peu orthodoxe d’un strict point de vue diplomatique, cette demande correspond en fait, à la nature même des Accords d’Abraham. Car, finalement, ils sont le reflet de l’acceptation par des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, de l’existence d’Israël. Alors oui, certains d’entres eux ne se sont pas empressés de condamner le massacre du 7-octobre, contrairement au MAK. Oui, on peut et il faut rester sur ses gardes quant à la sincérité et à la durabilité des pays arabes qui font partie de ces accords. Mais, les Kabyles qui forment une entité en cours d’autodétermination au cœur même d’un pays arabo-musulman et qui reconnaissent et même soutiennent l’existence de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif, correspondent en fait tout à fait à l’esprit de ces Accords.
Heureux comme un Juif en France ?
Jusqu’à peu, le bonheur des Juifs était étalonné sur celui des “Juifs en France”. “Heureux comme un Juif en France” disait-on. Certains disaient même que Dieu y était heureux. Cette vision fait l’objet de remises en causes de plus en plus fréquentes ces derniers temps et surtout depuis le 7-octobre. L’Histoire montre pourtant que s’en prendre aux Juifs, porte en général malheur. Et inversement, celui qui prend le parti des Juifs, voit l’Histoire, “à la fin”, le récompenser.
Le fait que les Kabyles soutiennent les Juifs au moment où ceux-ci vivent l’époque la plus difficile depuis la Shoah, devrait leur porter bonheur, si l’on en croit l’Histoire.
Alors, on pourra peut-être dire que cette déclaration d’indépendance à Paris le 14 décembre 2025, rendra “heureux comme un Kabyle en France”, avant d’être “heureux comme un Kabyle en Kabylie libre”.
[1] https://www.youtube.com/watch?v=dLASD1GDNB4
[2] https://frblogs.timesofisrael.com/interview-de-ferhat-mehenni-president-de-kabylie/
[3] https://x.com/ABellabbaci/status/1995115767063343315?s=20
Source : Heureux (ou pas ?) comme un Kabyle en France – Ops & Blogs | The Times of Israël
SIWEL 111428 DEC 25
