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Message de soutien du journaliste américain Roger Kaplan à la déclaration d’indépendance de la Kabylie

WASHINGTON-DC (SIWEL) —  Le journaliste et écrivain américain Roger Kaplan adresse un message de soutien aux Kabyles à l’occasion de la déclaration de l’indépendance de la Kabylie qui sera proclamée ce dimanche 14 décembre 2025 à Paris :

**KABYLIE LIBERTÉ**
Par Roger KAPLAN « Journaliste et reporter américain »

Aussi surprenante que puisse paraître l’investiture à New York d’un maire militant anti-israélien, elle sera précédée d’une initiative qui provoquera un choc d’un tout autre genre. Le 14 décembre, des représentants d’un pays du *dar al-Islam*, explicitement et fermement pro-sioniste et pro-démocratie libérale, proclameront, lors d’une cérémonie à Paris, la déclaration d’indépendance de la Kabylie, dans le nord-est de l’Algérie, défiant un régime dont ils jugent le despotisme irrémédiable.

Les Kabyles, peuple berbère ayant fourni une large part du personnel et de la direction du mouvement national algérien qui arracha l’indépendance à la France en 1962, se sont traditionnellement prononcés en faveur du pluralisme politique, de la séparation entre religion et État, d’une approche libérale de l’éducation et de la culture, et,  surtout ces dernières années,  d’une politique étrangère pro-occidentale, pro-israélienne, voire philosémite, rappelant la princesse berbère Kahina, morte au combat face à l’invasion arabe du VIIᵉ siècle.

En tant que pays à majorité musulmane, la Kabylie (en anglais *Kabylia*) serait le seul État libéral et démocratique du monde musulman à exprimer son soutien à Israël et à la politique américaine d’opposition à l’islam radical. Ce n’est pas nouveau : depuis la fin de la guerre d’Algérie, les Kabyles ont le sentiment d’être opprimés par des régimes arabo-islamistes qu’ils considèrent n’avoir jamais reconnu ni respecté le caractère pluriel de la population algérienne, composée de Juifs, de Maltais, d’Espagnols, de Français, d’Italiens, d’Arabes, de Turcs et de Berbères indigènes, parlant diverses langues et pratiquant différentes croyances, y compris la raison laïque et humaniste.

Les deux plus grands écrivains de la période de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie furent Albert Camus, dont la mère était espagnole et qui s’opposait à la discrimination coloniale envers les « Arabes » tout en défendant un système fédéral lié à la France, et l’instituteur et écrivain kabyle Mouloud Feraoun, partisan de l’indépendance tout en souhaitant conserver la population *pied-noire* et le lien avec la France. Il fut assassiné dans les derniers jours de la guerre par des irrédentistes de l’Algérie-Française de l’OAS. Leur respect mutuel et leur amour partagé pour la beauté et la richesse humaine du pays fondaient une profonde amitié et une estime réciproque pour leur génie littéraire.

Cette quête de fraternité, cette exigence de dignité née du respect, se sont exprimées à travers les protestations, la poésie et les chants kabyles, et ont soutenu un peuple souffrant à travers des décennies d’intolérance linguistique et religieuse monomaniaque, qui ont chassé les Juifs d’Algérie. Le même despotisme politico-religieux expulsa les *pieds-noirs*, privant le pays de leurs compétences entrepreneuriales et professionnelles, ainsi que de leur amour passionné pour la terre natale. Il força les chrétiens (Saint Augustin, fils illustre) à la clandestinité, institua une police secrète de type *mukhabarat* enrichie de techniques est-allemandes et soviétiques, étouffa le développement d’un pays pourtant riche en ressources naturelles (autrefois le grenier du monde méditerranéen), et condamna plusieurs générations à une émigration dictée par le désespoir.

Les Kabyles ont tenté, autant qu’ils le pouvaient, de réformer l’État algérien et de limiter le pouvoir de son armée et de ses services de sécurité. Ces institutions étaient souvent dirigées par des Kabyles, également présents à des postes importants au sein du gouvernement, mais sans jamais accéder aux décisions suprêmes ni à la présidence. Le « Printemps berbère » de 1980 – précurseur des « Printemps arabes » des décennies suivantes –, le mouvement démocratique de la fin des années 1980, et la résistance à l’insurrection islamiste sanglante des années 1990 furent tous conduits, en grande partie, par des Kabyles. Finalement, peut-être inévitablement, les appels à la réforme, y compris à l’autonomie régionale, furent réprimés, menant inexorablement à l’idée de la sécession.

D’une certaine manière, l’épopée algérienne concentre la confrontation de l’islam et de l’Occident, notamment à travers le rôle que l’émigration algérienne a joué dans la politique intérieure française. Longtemps, l’émigration algérienne fut majoritairement kabyle et de tendance assimilationniste, réussissant largement dans tous les domaines,  de la médecine aux sports et à la culture,  pour le plus grand bénéfice de la France. Mais, sous l’influence de l’islamisation, l’immigration est devenue une forme de subversion civilisationnelle, une menace existentielle. Les autonomistes kabyles en ont conscience et voient dans leur initiative un bateau de sauvetage à la fois pour la France et pour l’Algérie, et pour eux-mêmes.

Et, en vérité, pour nous aussi. L’avertissement de John Quincy Adams demeure fondamental : *Elle [l’Amérique] souhaite la liberté et l’indépendance de tous. Elle n’est la championne et la vindicatrice que de la sienne propre.* La prudence est toujours bienvenue, et il existe à l’évidence de solides raisons pragmatiques de gérer nos relations avec les nations africaines avec tact. Cependant, il peut être utile de rappeler que le célèbre discours du jeune Adams faisait de la Déclaration d’indépendance la pierre angulaire de notre politique étrangère. Et que, divergeant sur ce point de son illustre père, le grand homme d’État ne s’opposa pas à la résistance contre les pirates de Barbarie.

Bonne fête d’indépendance, Kabyles.

Roger Kaplan

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Version originale en anglais

Surprising as will be the inauguration as New York City mayor of an anti-Israel activist, it will be preceded by an initiative that will come as a shock from the other direction. On the 14th December, representatives of a country of dar-al-Islam, explicitly and insistently pro-Zionist and pro-liberal democracy, at a ceremony in Paris, will issue a declaration of independence for Kabylie, in northeast Algeria, defying a regime whose despotism it considers unfixable.

The Kabyles, a Berber people who supplied much of the manpower and leadership of Algeria’s own national movement that wrested independence from France in 1962, traditionally have favored multi-party democracy, separation of religion and state, a liberal approach to education and culture, and, especially in recent years, a pro-West, pro-Israel, indeed even philo-Semitic foreign policy, harking back to the Kabyle princess, Kahina, who died in battle against the 7th century Arab invasion.

As a majority-Muslim country, Kabylie (Kabylia in English) would be the only liberal-democratic state in the umma to express support for Israel and the American policy of opposing radical Islam.  This is not new: the Kabyles, ever since the end of the French war, have felt oppressed under Arabo-Islamist regimes  that they believe never appreciated or respected Algeria’s broadly multi-national population, composed of Jews, Maltese, Spaniards, French, Italians, Arabs, Turks, and indigenous Berbers, speaking a variety of languages and professing varieties of faiths, including secular humanistic reason.

The two greatest writers of the independence movement years in Algeria were Albert Camus, whose mother was Spanish and who opposed colonial-style discrimination against Arabs while favoring a federal system of governance attached to France, and the Kabyle teacher and writer Mouloud Ferraoun, who favored independence while hoping to retain the pied-noir population and the French connection, and who was murdered in the last days of the war by French-Algerian irredentists. For the respect due all and the love of the country’s beauty and human wealth, they were friends with deep respect for each other’s literary genius.

This striving for fraternity, this insistence on the dignity that grows out of respect, has been expressed in Kabyle protests, poetry, song, and carried a suffering people through years of monomaniacal linguistic and religious intolerance that drove the Jews out of Algeria. The same religious-statist tyranny drove out the pieds-noirs, losing their entrepreneurial and professional skills along with the passion of the fierce attachment to their native land.  It forced the Christians (St Augustine, famous son) underground, instituted a mukhabarat-style secret police with East German and Soviet details added, stifled development in a country richly endowed in natural resources (one-time breadbasket of the Mediterranean world), and abandoned several generations to despair-driven emigration.

The Kabyles did what they could to reform the Algerian state and limit the power of its army and security services. These were often staffed by Kabyles, who also attained important positions of power in government, though not for ultimate decision-making and never the presidency. The Berber Spring of 1980, forerunner of the Arab Springs of decades later, the democracy movement of the late 1980s and the resistance to the blood-soaked Islamist insurgency of the 1990s, were all led by Kabyles, by no means exclusively of course.  Finally, perhaps inevitably, reforms including regional autonomy were demanded by activists, which were met by repression, leading inexorably to the idea of secession.

There is a sense in which the Algerian epic represents a concentration of Islam’s confrontation with the West, not least in the role Algerian emigration has played in French domestic politics.  Algerian emigration was for a time overwhelmingly Kabyle, and it was assimilationist, broadly successful across all fields from medicine to sports and culture, deeply beneficial to France. But under the influence of Islamization, immigration has become a form of civilizational subversion, an existential threat.  Kabyle autonomists recognize this and see in their initiatives a lifeboat for both France and Algeria — and for themselves.

And indeed for us. John Quincy Adams’ admonition remains foundational, She [America] is the well-wisher to the freedom and independence of all. She is the champion and vindicator only of her own. […] . Prudence is always welcome, and surely we have sound pragmatic reasons for managing our relations with African nations with tact. However, it may be recalled that the younger Adams’ famous speech insists on thé Declaration as the essential blueprint guiding our foreign policy. And that (in a dissent from his distinguished father), the great statesman did not object to resisting the pirates of Barbary.

Well wishes on your independence, Kabyles.

Roger Kaplan

SIWEL 121335 DEC 25

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