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Kabylie : « Nous ne sommes plus dans la contestation, nous sommes dans la fondation » (Hanafi Ferhouh)

EXIL (SIWEL) — Quatre mois jour pour jour après la proclamation de l’indépendance de la Kabylie le 14 décembre 2025 à Paris, le Premier ministre de l’Anavad, Hanafi Ferhouh, dresse un état des lieux du processus engagé. À la veille du 20 avril, date phare dans l’histoire moderne du peuple kabyle, il affirme le passage d’une lutte de revendication à une dynamique de construction étatique, évoque un « État en formation » et fixe un cap clair : transformer l’acte fondateur en réalité politique durable, portée à la fois par les institutions émergentes et par la mobilisation du peuple kabyle, en Kabylie comme dans la diaspora. Entretien.

Question 1 — Monsieur le Premier ministre, quel sens prennent les marches du 20 avril dans le contexte inédit que traverse la Kabylie ?
Hanafi Ferhouh : Le 20 avril n’est plus seulement une date de mémoire. Il devient une date de projection.
Pendant des décennies, nous avons commémoré des soulèvements pour la dignité, pour la langue, pour l’existence. Aujourd’hui, nous marchons en tant que peuple qui a franchi un seuil historique.
Le 20 avril n’est plus seulement le souvenir d’un combat : il est devenu le point d’appui d’une souveraineté en marche.
Ces marches traduisent une mutation profonde : la Kabylie ne se contente plus de résister, elle s’organise pour exister politiquement.

Question 2 — Peut-on dire que le 14 décembre a redéfini la nature même du combat kabyle ?
Absolument. Le 14 décembre a mis fin à une ambiguïté historique.
Avant, nous étions dans une lutte pour des droits. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de construction étatique. Cela implique une responsabilité nouvelle : penser en termes d’institutions, de stratégie, de continuité historique.
Le 14 décembre n’a pas clos un combat : il a ouvert une responsabilité historique.
Nous ne sommes plus dans la contestation. Nous sommes dans la fondation.

Question 3 — Vous parlez de “fondation”. La Kabylie est-elle déjà un État ?
La Kabylie est un État en formation.
Un État ne naît pas pleinement constitué. Il se construit par étapes : par un acte fondateur, par une organisation politique, par une adhésion populaire.
Un État ne surgit pas du jour au lendemain : il s’édifie par la volonté, il se consolide par la légitimité, et il s’impose par la constance.
Aujourd’hui, ces trois dimensions sont en train de converger.

Question 4 — Quel rôle joue le gouvernement que vous dirigez dans cette phase ?
Notre rôle est de donner une forme, une cohérence et une direction à cette dynamique.
Nous ne sommes plus dans une posture de témoignage. Nous sommes dans une fonction d’organisation. Cela signifie structurer des institutions, définir des priorités, anticiper les étapes à venir.
Gouverner, aujourd’hui, c’est préparer l’État que nous aurons demain.
Nous assumons une responsabilité de préfiguration : rendre crédible ce qui doit devenir inévitable.

Question 5 — Comment répondre à ceux qui doutent encore de la réalité de ce processus ?
Le doute est naturel dans toute transformation historique. Mais il ne doit pas devenir une paralysie.
Ce que nous vivons n’est pas une hypothèse théorique. C’est un processus engagé, visible, structuré.
L’histoire n’avance pas avec ceux qui doutent de tout, mais avec ceux qui assument de construire.
Nous ne demandons pas une adhésion aveugle. Nous appelons à une lucidité collective.

Question 6 — Quel rôle attribuez-vous à la diaspora dans cette phase décisive ?
La diaspora est une extension stratégique de la nation.
Elle permet à la Kabylie de s’exprimer dans des espaces où la liberté politique est réelle. Elle porte notre voix, elle amplifie notre visibilité, elle structure notre présence internationale.
Là où se tient un Kabyle engagé, là s’exprime déjà une parcelle de souveraineté.
Dans cette phase, la diaspora n’est pas un soutien : elle est un acteur.

Question 7 — Quelle est aujourd’hui la nature du rapport avec l’État algérien ?
Nous sommes dans une phase de séparation politique assumée.
Il ne s’agit plus d’un différend interne. Il s’agit d’une divergence de destin. La Kabylie s’inscrit désormais dans une trajectoire qui lui est propre.
Il arrive un moment où un peuple ne demande plus sa place : il la prend dans l’histoire.
C’est ce moment que nous vivons.

Question 8 — Quel cap stratégique avez-vous fixé pour les mois à venir ?
Transformer une déclaration en réalité durable.
Cela passe par la structuration, la discipline et la continuité. Chaque avancée doit consolider l’ensemble.
L’indépendance proclamée est un acte. L’indépendance construite est une œuvre.
Nous sommes engagés dans cette œuvre.

Question 9 — Une dernière question Monsieur le Premier ministre : Quel message adressez-vous aux Kabyles à l’occasion du 20 avril ?
Je leur dis que leur engagement est décisif.
L’histoire ne se fait pas uniquement dans les textes ou dans les institutions. Elle se fait dans la constance d’un peuple à porter son destin.
Nous avons franchi le seuil de l’histoire. Il nous appartient désormais de ne jamais revenir en arrière.
Le 20 avril doit être un moment de conscience, de dignité et de projection.

ig/wbw
SIWEL 142100 AVR 26

 

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