Lettre ouverte à l’historien Omar Hamourit sur la question du peuple kabyle, de l’autodétermination et de la nation (Ravah Urahmun)

L’intervention de l’historien Omar Hamourit, que j’ai tardivement découverte à travers AlternaTV, appelle une réflexion approfondie à plus d’un titre. Elle interpelle particulièrement l’enfant du Djurdjura que je suis, ce Mons Ferratus éternel et indéracinable, porteur à la fois des blessures de l’histoire et de l’orgueil d’un peuple dépositaire de sa mémoire. Le thème de l’émission s’inscrit, dès l’abord, dans une orientation idéologique visant à mettre en cause le concept même de peuple kabyle, réduit à une simple composante parmi d’autres de l’ensemble algérien. M. Hamourit ne s’est toutefois pas explicitement engagé dans cette direction, ce qui aurait, de facto, disqualifié toute prétention à une analyse historique rigoureuse. Il affirme circonscrire son propos à une critique de l’avis juridique rendu par un grand cabinet d’avocats internationaux basé à Londres. Cependant, au fil de son développement, sa critique tend à s’éloigner du champ méthodologique de l’histoire pour s’inscrire progressivement dans un registre idéologique et s’engluer dans le récit idéologique de l’Algérie officielle, reprenant parfois de manière implicite, les inquiétudes, les crispations et la rhétorique du pouvoir ainsi que d’une large partie de ses élites face à la proclamation de l’indépendance de la Kabylie.
Il convient de rappeler d’emblée à l’historien, une évidence fondamentale : l’existence millénaire du peuple kabyle ne requiert aucun avis juridique pour être établie, pas même celui d’un cabinet de renommée internationale. Elle est attestée par une continuité historique et mémorielle plurimillénaire, qui n’appartient ni à l’État algérien ni à quelque autre entité politique, à aucun autre peuple ou groupe algérien. Cette existence est inscrite dans la durée par le sang, la souffrance, la douleur, mais aussi par une résilience silencieuse et structurante, transmise de génération en génération, fondée sur la reconnaissance de l’ »ÊTRE », de l’ »ESSENCE DE SOI ».

I- SA CRITIQUE DE L’AVIS JURIDIQUE DU CABINET INTERNATIONAL

M. Hamourit, admet, et il ne saurait raisonnablement le contester, que l’avis juridique rendu par le cabinet londonien conclut à la reconnaissance du peuple kabyle en tant que peuple au sens du droit international. Cette conclusion repose sur un travail approfondi mobilisant des analyses historiques, anthropologiques et juridiques répondant aux critères internationalement admis de la notion de peuple.
Naturellement, l’existence d’un peuple appelle logiquement la reconnaissance de son droit à l’autodétermination. C’est précisément ce point qui semble faire basculer l’historien dans une lecture de l’idéologie gluante du régime algérien qui met en avant les contradictions, parfois aberrantes de ses positions qui sont des extrapolations mentales par rapport à la conclusion de l’avis. Je résume, ici, ce qui a été dit :

  1. L’accusation d’une prétendue remise en cause du droit international
    Mr. Hamourit reproche au cabinet de s’émanciper du cadre international en contestant le monopole de l’Etat comme acteur central, orientant sa réflexion vers un mouvement sécessionniste kabyle afin de pousser à la création d’un Etat kabyle. Or, le cabinet n’a produit qu’un avis juridique, strictement limité à la mission pour laquelle il a été saisi. Lui demander davantage relève d’un contresens méthodologique.
  2. La question du coût et la diabolisation du lobbying
    L’auteur évoque le tarif élevé de ce type de cabinet. L’évocation de ce coût, une arrière-pensée évidente, s’inscrit dans une rhétorique bien connue, relayée par le régime algérien et ses élites prisonnières d’une histoire qui ne leur appartient pas. Le concept même de lobby est diabolisé, assimilée à une trahison ou à une allégeance à l’étranger, une suspicion permanente à l’égard de toute action internationale. Pourtant, dans les relations internationales contemporaines, le lobbying constitue un instrument stratégique central pour toute opposition politique sérieuse face à un régime autoritaire, à fortiori un régime totalitaire. En ce sens, l’action du MAK relève non d’une dérive, mais d’une rationalité politique pleinement assumée.
  3. Le caractère non contraignant de l’avis juridique
    Pour rassurer, probablement, l’auteur dit qu’un avis juridique n’a pas force obligatoire ; ce qui relève de l’évidence. En déduire une disqualification politique ou symbolique procède d’un jugement de valeur. L’affirmation selon laquelle aucun État n’aurait reconnu le MAK — alors qu’il s’agit davantage de soutiens politiques que de reconnaissances formelles — sous-estime gravement la stratégie et la temporalité des luttes d’autodétermination, les qualités des responsables et cadres du MAK.
  4. L’accusation d’instrumentalisation du droit à l’autodétermination
    Mr. Hamourit, finit par qualifier l’avis juridique d’instrument politique et soutient que ce droit à l’autodétermination serait manipulé par des puissances internationales tout en affirmant l’inexistence de règles universelles encadrant les déclarations unilatérales d’indépendance ; ceci revient à ignorer l’histoire des indépendances récentes. Plus encore, cela occulte le refus systématique de l’État algérien d’ouvrir le moindre espace de dialogue sur la question kabyle. Le MAK a maintes fois solliciter, en vain, l’ouverture de discussions à ce titre. Il poursuit, dans une naïveté frappante, que la Kabylie n’est pas inscrite sur la liste des territoires non autonomes et que de toute façon elle est administrée par l’Algérie. En clair, elle n’a pas le droit à s’émanciper, à reprendre son indépendance confisquée. Quelle contradiction ! Reconnaitre l’existence d’un peuple tout en lui refusant le droit à l’autodétermination, constitue une contradiction majeure, tant sur le plan juridique que sur le plan moral.
    Mais qu’importe, le long travail du MAK parce qu’il est la voix de la Kabylie, ancre l’Etat Kabyle et la République Fédérale Kabyle proclamée le 14 décembre 2025 dans le concert géopolitique mondial.
II – PEUPLE, NATION ET PEUPLES AUTOCHTONES : CLARIFICATION CONCEPTUELLE

L’intervention de M. Hamourit, a tout de même nourri le concept de peuple. Mais il a semé une confusion quant à la notion de nation.
Je lui rappelle que si le droit international ne fournit pas de définition juridique stricte du terme peuple, la doctrine dominante s’accorde sur deux critères fondamentaux :

  • un critère objectif (historique, linguistique, culturel, anthropologique) ;
  • un critère subjectif, fondé sur le vouloir-vivre ensemble, la conscience d’un destin commun et le sentiment d’appartenance.

À cet égard, la qualification de « peuple algérien » soulève de sérieuses interrogations au regard de ces critères.
Concernant les peuples autochtones, la définition retenue par les Nations unies repose sur deux éléments essentiels :

  • l’antériorité historique sur un territoire donné ;
  • la distinction par rapport à d’autres groupes, y compris majoritaires.

Remarquons que les minorités, résultat d’une immigration, n’accèdent pas à l’autodétermination. Puis posons la question : le territoire Algérie est historiquement et anthropologiquement amazigh, comment expliquer que c’est la composante minoritaire non amazigh qui tient les rênes du pouvoir, qui impose sa définition de la nation, sa conception de la vie sociale, culturelle, spirituelle et autres, en excluant la majorité ancestrale ? La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (13 septembre 2007) consacre explicitement le droit à l’autodétermination (article 3). Les États sont tenus de respecter ces normes, lesquelles priment sur les législations internes.
Le peuple kabyle répond pleinement à l’ensemble de ces critères. De ce fait, l’Algérie ne peut plus se retrancher derrière des lois internes qui sont, il faut le rappeler, sans pertinence face aux obligations qui découlent du droit international, normes conventionnelles et normes coutumières comprises.

III – SPECIFICITE HISTORIQUE, CULTURELLE ET TERRITORIALE DE LA KABYLIE : TAMURT N IQVAYLIYEN

Tamazɣa (Berbérie), est un vaste ensemble de régions physiquement morcelé sans axe ou centre qui aurait permis la création d’un pôle dominant à même de relier les régions et de rassembler les hommes. Des aires géographiques se sont vites constituées en champs d’histoire et ont engendré un développement de caractères spécifiques, des genres de vie différents même s’il y a une permanence amaziɣ en tant que lieu qui unit les différentes époques de l’histoire du monde amaziɣ.
Le morcellement physique a engendré un compartimentage humain qui a favorisé des particularismes qui sont autant d’obstacles à la fusion des populations et a donné lieu à des comportements socio-culturels différents. Les peuples ont eu une évolution négative en ce sens qu’il n’y a pas une langue commune, tamaziɣt, qui serait le reflet d’une conscience unitaire. Le terme amaziɣ renvoie dans son essence même à une Civilisation, une Histoire et une Culture mais il ne rassemble pas les peuples dans le moule des caractères structurants d’une Nation.

La personnalisation du pays Kabyle est fortement ancrée du point de vue, historique (elle n’a jamais été intégrée dans sa globalité à une entité politique étrangère avant son annexion par la France coloniale en 1857), sociologique, anthropologique (grande homogénéité du peuple), géographique (territoire bien délimité). Le territoire participe de la formation d’une identité. Le lien entre territoire et identité est d’une ampleur particulière chez le peuple kabyle. La Kabylie est identifiée, reconnue et nommée comme telle, tant par ses habitants que par l’ensemble des populations algériennes (bled Qbayel) par opposition au reste des habitants du territoire Algérie.

IV- LA PENSEE KABYLE ET LE FONDEMENT D’UNE NATION

Je rajouterai à cela la pensée kabyle pour parler de la notion de Nation dans la pensée internationale et dans celle de M. Hamourit. Je lui laisse le soin, comme à tout autre lecteur, au bout de la lecture du texte, de situer la nation et l’unité nationale algériennes qu’il a mise en avant. Je rappelle que l’auteur parle d’une nation algérienne millénaire qui plus est, serait constituée de strates faites de Berbères, de Romains, de Vandales et autres et jusqu’aux Arabes et aux Français alors même que l’Algérie en tant que territoire délimité remonte au décret Schneider de 1839 qui n’incluait pas la Kabylie restée indépendante.
La pensée kabyle est le produit de l’organisation sociopolitique ancestrale. L’organisation villageoise est inséparable de la culture ancestrale comme elle se dit dans la langue des ancêtres. La Kabylie et la kabylité ne peuvent se détacher de ces attributs ; elles ne seront elles-mêmes que par ancrage dans les déterminants socioculturels et linguistiques de la société et de la pensée kabyle. La pensée kabyle repose sur un système ouvert, dialectique et évolutif, fondé sur le débat, la remise en question et la primauté du droit humain. Elle s’oppose fondamentalement aux systèmes doctrinaires et dogmatiques, notamment à l’idéologie arabo-islamique qui structure l’État algérien et la pensée de la majorité de ses citoyens. Elle se manifeste dans :

  • une spiritualité adaptée aux croyances ancestrales et à leur mode de vie pour échapper à la suprématie spirituelle de l’Orient arabe. Ils ont développé une conception propre de la cosmogonie, de la mythologie,
  • une conception laïque du politique, — le primat du spirituel sur le matériel,
  • une organisation économique tournée vers l’autosuffisance alimentaire. Au-delà, contrairement au cliché répandu, les Kabyles ont développé une petite industrie et commerçaient avec les voisins méditerranéens, entretenaient des relations diplomatiques avec l’extérieur (voir le royaume de Koukou que l’auteur appelle les  » koukou  » et le royaume d’At Abbas).
  • Mais la plus haute construction philosophique est une organisation sociale fondée sur la solidarité (laɛnaya n taddart et tagmat) marquée par un humanisme que peu de sociétés ont atteint.Une pensée écologique avant-gardiste. Il était, par exemple, interdit d’abattre un arbre sans raison valable. Il fallait une autorisation préalable de l’assemblée du village. En cas de raison valable, l’intéressé devait replanter un autre arbre à sa place. Le paysan kabyle laissait volontairement des fruits et légumes à la faune sauvage, il répartissait de l’eau en période caniculaire. Même la fourmi était prise en considération. On a vu dans les forêts kabyles calcinées en 2021, des citoyens déposer eau et graines afin de sauver ce qui restait de la faune.
  • une éthique fondée sur l’honneur, le savoir, la solidarité et sur une valeur fondamentale qu’est Tirugza. Tirugza définit l’homme socialement digne, argaz (qu’il faut différencier du mâle) et qui, du reste donne au féminin : tabargazt. La Kabylie a ainsi développé une civilisation autonome, cohérente et complète qui aurait pu connaître un développement appréciable sans l’occupation étrangère.

Ce sont toutes ces valeurs que la colonisation a bouleversées. Ce sont ces valeurs que le pouvoir politique algérien s’acharne à faire disparaître au prix d’abord d’un ethnocide programmé puis d’une politique génocidaire officiellement assumée. Une politique qui n’est nullement dénoncée par les élites algériennes.
Aussi, le lien entre l’identité d’un peuple et la géopolitique se pose aujourd’hui plus que jamais. Avec les frontières dites nationales et l’Etat-nation, à l’instar de l’Eta algérien, des peuples différents sont regroupés par la violence sous la souveraineté d’un même Etat qui fait coïncider les notions de territoire, de peuple et de souveraineté politique et impose souvent un unanimisme politique, culturel, et linguistique. On arrive parfois à l’ethnocide par la négation de peuples autochtones, et l’ethnocide à travers l’histoire a souvent conduit au génocide. A ce niveau, on parle de colonisation interne léguée par l’ancien colonisateur occidentale qui a fait des anciennes colonies devenues pays un véritable melting-pot de peuples différents de sorte que l’absence de nation est fortement ressentie. « La colonisation est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité » (Frantz Fanon).

V – ET QU’EST-CE QU’UNE NATION ?

Étymologiquement, le sens de nation recoupe celui d’ethnie, une communauté humaine dont les membres ont la même origine. La nation comme les frontières est le produit d’une histoire. Plusieurs approches de la Nation ont vu le jour :

  • le courant libéral qui a fait le lien entre nation et libertés individuelles (Jean- Baptiste Say, Tocqueville …)
  • le courant marxiste (Marx et Engels, Kautsky, Rosa Luxembourg…)

Cependant, deux écoles ont dominé les débats sur le concept de la Nation au XIXème siècle :

  • l’école allemande avec Johann G. Herder et Fichte qui développent une conception ethnoculturelle qui donne un rôle primordial à la langue. C’est une conception organique de la Nation perçue avant tout comme une communauté d’hommes ethniquement soudés qui partagent la même culture » ; en fait, une conception ethnolinguistique.
  • L’école française qui puise sa vision de la philosophie des Lumières et de la Révolution Française de 1789 dont l’approche est politique et universaliste. Elle est portée par la définition d’Ernest Renan qui s’inscrit en fait, contre l’annexion de l’Alsace–Lorraine par l’empire allemand et en réaction à celles de Herder et de Fichte. Pour Renan, « la Nation naît d’un rassemblement volontaire des individus, d’un plébiscite de tous les jours. Elle est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices, et de dévouements ». En fait, sa définition se rapproche du « pacte civique national ».

Où est la « nation algérienne » dans tout cela ? Elle n’occupe aucun espace dans ces conceptions. Elle n’est qu’un amalgame de récits, de langues, de cultures, de mode de vie, de populations différentes, des histoires différentes. Elle est surtout une fiction, une chimère portée par une doctrine étrangère, négatrice de toute réalité historique et autres qui pourraient rassembler les populations. Elle n’a développé aucun sentiment d’appartenance effective sinon celui de la soumission aux fondements idéologique du système.
Quels liens rattachent, dans ce cas, la Kabylie à cette chimère Algérie ? Rien, sinon la violence étatique, l’occupation de sa terre, la colonisation pernicieuse, le remplacement de populations. Les Kabyles disent : « Teffaɛ Fransa, tekcam lẓayar : la France est partie, l’Algérie est rentrée » (Muhand Uyahya) ; un colonialisme remplaçant l’autre.

Contrairement à la fiction idéologique d’une nation algérienne millénaire, la Kabylie repose sur une réalité historique, culturelle et anthropologique incontestable. Le peuple kabyle, ainsi dénommée aujourd’hui, est présent et attesté en tant que telle au moins depuis le IIème-IIIème siècle et s’est affirmée depuis les Quinquegentiens. Il a développé un sentiment d’appartenance à l’ancestralité, à sa terre, à sa culture et à sa langue, une volonté de vivre ensemble que l’individu kabyle emporte comme un viatique même dans l’exil. Le droit d’appartenir à une nation, de se gouverner soi-même et de transmettre ses valeurs est un droit fondamental de l’Homme. Ce droit, cette philosophie, sont niés et combattus par l’Algérie officielle dans une logique de destruction totale. Le massacre de 2001, les incendies criminels de 2021 et des années suivantes, les emprisonnements massifs de la jeunesse et de l’élite, l’exil forcé de milliers d’enfants de Kabylie, la censure et l’humiliation jusqu’à l’interdiction de se dire Kabyle sont les instruments d’une politique cohérente de terre brûlée, au sens littéral comme au sens symbolique. Le “syndrome hilalien” – en référence aux hordes destructrices décrites par Ibn Khaldun – trouve ici un écho symbolique. Il s’agit d’un rapport au territoire fondé sur la stérilisation : incendier, appauvrir, dépeupler pour mieux dominer. Face à ce crime à la fois écologique, culturel et humain, le silence des Algériens et notamment des élites, engage une responsabilité historique majeure. C’est non seulement une faute morale, mais une complicité de crime, un crime contre l’Humanité.

La question qui se pose, en définitive, Mr. Hamourit , est la suivante :
FAUT-IL CONTINUER À DÉFENDRE UNE UNITÉ NATIONALE FACTICE AU PRIX DE LA NÉGATION ET DE LA DESTRUCTION D’UN PEUPLE, OU RECONNAITRE LE DROIT LÉGITIME DE CE PEUPLE À EXISTER LIBREMENT ?

Pour finir, je veux rappeler deux faits :

  1. Un fait historique irréfutable, à moins de contester l’histoire, et auquel vous n’avez pas fait référence : la lettre de 1539, conservée à Simancas en Espagne adressée par le souverain du royaume de KOUKOU à Charles Quint, empereur du Saint-Empire et roi d’Espagne, l’homme le plus puissant de l’époque, lui proposant, dans un dialogue d’égal à égal, une alliance militaire afin de chasser l’occupant Ottoman. Sans aller dans le détail, je veux juste souligner l’existence d’une souveraineté structurée, un royaume souverain reconnu internationalement dès le 16ème siècle, qui remplissait tous les critères du droit international : un territoire, une population, une autorité, une reconnaissance. A travers ce fait, je veux souligner que ce précédant de souveraineté authentifie la proclamation de la Renaissance de l’Etat Kabyle en 2025, interrompu par la colonisation et qu’il ne s’agit pas d’une question de sécession. Un face à face entre un présent politique lié à la falsification historique, à la négation de soi, et un passé mémoriel documenté.
  2. Qu’est-ce qu’être Kabyle ? (Bien que vous le soyez vous-même, si je ne me trompe).
    Les Kabyles parlent bien plus de kabylité qui renferme non seulement la langue mais encore les valeurs. Ils disent « parler kabyle et non parler en kabyle : « Y ssawal taqvaylit ». Cette nuance linguistique révèle une réalité profonde : la kabylité n’est pas seulement une langue, c’est un mode d’être, un système de valeurs, une vision du monde. C’est un marqueur identitaire fort, qui renvoie au concept de culture et à celui d’identité au sens anthropologique du terme, c’est-à-dire un ensemble de pratiques, de représentations, de savoirs et de symboles transmis de génération en génération ou encore « en tant qu’ensemble ou partie de la pensée et des actions qui distinguent un groupe humain d’autres groupes, une société d’autres sociétés, un peuple d’autres peuples ».
    Les approches contemporaines en anthropologie accordent à la culture un rôle central dans la construction de l’identité, dans la compréhension de la pensée et de l’adaptation des groupes humains à leur environnement. Elles observent les phénomènes culturels en termes de production et érigent la culture en foyer de ressources symboliques, un outil d’adaptation et de continuité, à la fois reproductif et innovant. Chaque société suit sa propre trajectoire, selon sa logique interne, répondant de manière spécifique aux besoins de ses membres à travers des institutions, des codes et des valeurs. Cela se fait par tout un ensemble de procédés, de pratiques inventées et apprises, transmises de génération en génération à travers des codes ou des règles liées à des symboles. Elle prend ainsi la forme de différenciation d’une société ou d’un peuple par rapport à d’autres. La culture forge l’identité d’un peuple.
  3. Je rajoute un troisième point en guise de conclusion pour signifier que toutes les élucubrations algérianistes seront à termes inopérantes. L’indépendance de la Kabylie n’est plus un projet politique. C’est une volonté populaire irréversible. Juridiquement, politiquement et moralement, aucun argument sérieux ne s’oppose à son indépendance. La vérité est limpide : sans la Kabylie, l’Algérie officielle n’est plus qu’un pouvoir nu, sans légitimité, sans nation, sans avenir. Le 14 décembre 2025, la République Fédérale de Kabylie est devenue le dernier né des États du monde.

Raveh Urahmun,
sociologue et politologue,
membre de la Ligue Kabyle Des Droits de l’Homme,
Exil, le 15 janvier 2026

 

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