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Du MAK à Kasparov : quand Alger et Moscou instrumentalisent l’accusation de « terrorisme » pour criminaliser l’opposition pacifique

MOSCOU / ALGER (SIWEL) — La Russie vient d'émettre un nouveau mandat d'arrêt contre Garry Kasparov, la légende des échecs, inculpé par contumace pour « apologie du terrorisme ». Un chef d’accusation lourd, devenu familier dans les régimes autoritaires lorsqu'il s’agit de criminaliser toute opposition démocratique et pacifique. Ce procédé rappelle, à bien des égards, la stratégie du régime algérien à l'encontre des indépendantistes kabyles du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK).

Opposant résolu au président russe Vladimir Poutine, Kasparov est poursuivi pour ses prises de position politiques, son opposition à la guerre en Ukraine et son engagement en faveur des droits humains. À Moscou, le pouvoir assimile désormais toute contestation du régime à une activité terroriste, au mépris des faits et du droit international.

Aujourd’hui détenteur de la nationalité croate, Garry Kasparov, considéré comme un « agent de l’étranger » par Moscou et inscrit sur le registre des terroristes et extrémistes pour son activité politique, avait déjà été ciblé en 2024 par un mandat d’arrêt pour des raisons similaires.

Cette mécanique répressive est étrangement familière en Kabylie où un mouvement indépendantiste pacifique, structuré politiquement, sans recours à la violence, a été arbitrairement classé en mai 2021 « organisation terroriste » par la junte au pouvoir en Algérie. Depuis, des militants kabyles sont arrêtés, condamnés à de lourdes peines de prison, dont à perpétuité, pour de simples opinions, des publications sur les réseaux sociaux ou leur engagement politique non violent.

Cette criminalisation politique du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) est d’autant plus contestable qu’elle est explicitement démentie par les États-Unis.
Dans son rapport annuel sur le terrorisme pour l’année 2023, publié le 12 décembre 2024, le Département d’État des États-Unis a rejeté une nouvelle fois le classement du MAK comme organisation terroriste par l’Algérie.

Washington estime que « la concentration de l’Algérie sur ce groupe est plus politique que sécuritaire » et souligne que le MAK « ne semble n’avoir rien commis de ce que les États-Unis définissent comme des actes de terrorisme ». Une position sans ambiguïté qui confirme le caractère arbitraire et idéologique de l’accusation algérienne, et qui replace le dossier kabyle dans son véritable cadre : celui d’un conflit politique entre un État autoritaire et un mouvement indépendantiste pacifique.

Ce rappel officiel américain renforce le parallèle avec le cas russe : comme Garry Kasparov face au Kremlin, les militants kabyles sont poursuivis non pour des actes violents, mais pour leurs idées, leur engagement civique et leur contestation non armée d’un pouvoir verrouillé.

Le parallèle est clair : à Moscou comme à Alger, le mot « terrorisme » est vidé de son sens juridique pour devenir une arme politique. Il sert à disqualifier l’adversaire, à justifier la répression et à fermer toute possibilité de débat démocratique. 

Ce n’est pas un hasard historique. La nomenklatura algérienne s’est en grande partie formée idéologiquement et militairement en Union soviétique, héritant de méthodes de gouvernement fondées sur la confusion volontaire entre opposition politique et menace sécuritaire. La criminalisation de la dissidence, la manipulation de l’appareil judiciaire et l’usage de la peur comme instrument de contrôle social relèvent de cette filiation directe.

L’affaire Kasparov met en lumière une réalité universelle : lorsque des régimes autoritaires accusent des opposants pacifiques de terrorisme, ce n’est pas la sécurité qu’ils défendent, mais leur propre survie politique. Pour le peuple kabylie comme pour les démocrates russes, l’enjeu est le même : faire reconnaître que revendiquer pacifiquement des droits politiques n’est pas un crime, mais un droit fondamental.

wbw
SIWEL 240130 DEC 25

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