Kabylie : Ferhat Mehenni dénonce les réécritures et falsifications de l’histoire politique kabyle
EXIL (SIWEL) – Par souci de rétablir les faits pour l’Histoire, Ferhat Mehenni, acteur majeur et témoin direct de certains événements évoqués par la presse algérienne publie une mise au point ferme et argumentée. Il y revient sur les omissions feintes, inexactitudes et lectures orientées visant à falsifier et brouiller la mémoire collective, touchant aussi bien à des figures majeures qu’à la genèse des mouvements politiques kabyles et aux événements clés ayant marqué la Kabylie :
Mise au point – À propos de réécritures, d’inexactitudes et de falsifications de l’histoire politique kabyle
Certaines publications récentes consacrées à l’histoire du mouvement démocratique et identitaire en Kabylie appellent une mise au point, tant elles procèdent par omissions, approximations et réécritures orientées des faits.
Présenter Hocine Aït Ahmed comme un simple « modèle nationaliste consensuel » relève d’une lecture partielle, sinon trompeuse, de son parcours. Il convient de rappeler plusieurs éléments historiques incontestables :
Hocine Aït Ahmed fut l’un des principaux acteurs de l’insurrection armée en Kabylie contre le régime algérien post-indépendance entre 1963 et 1965, épisode souvent minimisé alors qu’il s’agit d’une véritable guerre interne marquant ainsi une rupture politique majeure de la Kabylie avec le pouvoir central.
Il fut condamné à mort par le régime algérien, contraint à l’exil pendant vingt-trois ans, et resta jusqu’à la fin de sa vie un opposant politique irréductible.
Kabyle assumé, il refusa d’être enterré ailleurs qu’en Kabylie. Lors de ses funérailles, les autorités algériennes furent explicitement interdites de présence, fait lourd de signification politique et symbolique.
Ces éléments rendent pour le moins discutable toute tentative de récupération simplificatrice de son héritage.
Plusieurs inexactitudes factuelles méritent correction :
Le RCD n’est pas né à l’université de Hasnaoua, mais à la Maison de la Culture, sur la base des assises du Mouvement culturel berbère (MCB).
La formule souvent reprise — « le MCB est mort, vive le RCD » — n’a été prononcée ni par Saïd Sadi ni par Ferhat Mehenni, mais par Meziane Babouche, lequel sera exclu du RCD un an après sa création. Cette phrase avait d’ailleurs fait l’objet d’un démenti officiel à l’époque.
Les départs et ruptures internes ne sauraient être réduits à des considérations financières. Certaines démissions, notamment, furent motivées exclusivement par des divergences politiques profondes.
Contrairement à ce qui est parfois avancé, la date du premier congrès du RCD (15 décembre 1989) avait été arrêtée deux mois à l’avance, alors même que personne au sein du parti ne connaissait la date exacte du retour d’exil de Hocine Aït Ahmed. Il fut rapporté à l’époque que ce dernier aurait choisi de rentrer précisément à cette date, contribuant de facto à éclipser l’événement politique du RCD.
Algeria Watch revendique la décision de Hocine Aït Ahmed de participer aux élections législatives du 2 octobre 2002, au motif de ne pas « isoler la Kabylie ». Cette position est aujourd’hui largement considérée comme une faute stratégique majeure. Fait révélateur : même des candidats du FFS avaient refusé de voter.
Plus grave encore, alors que la Kabylie était plongée dans le deuil après la mort de près d’une centaine de manifestants, tués par des balles explosives, Hocine Aït Ahmed adressa une lettre au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, non pour dénoncer les assassinats ou exprimer sa compassion aux familles endeuillées, mais pour se plaindre du boycott des élections par les Kabyles. Une démarche pour le moins déconcertante au regard de l’ampleur de la tragédie.
Qualifier le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) de « raciste » relève d’une accusation grave. Celle-ci fera l’objet d’une appréciation juridique, et il appartiendra aux tribunaux de se prononcer sur la validité de tels propos.
Quant aux développements postérieurs à 2019, ils sont largement connus du public et n’appellent pas, à ce stade, de commentaires supplémentaires.
Ferhat Mehenni
SIWEL 081228 JAN 26
