Interview avec Azwaw At Qasi, Président de la LKDH : « Même le régime de Boumediene n’en a pas fait autant ! »

PARIS (SIWEL) — La Ligue Kabyle des Droits de l’Homme a été honorée le 8 mars dernier par l’Anavad (Gouvernement Kabyle en exil) dans le cadre de la première édition de l’évènement « Anavad et Peuple Kabyle : le Grand rendez-vous« . En effet, la LKDH, à travers son Président, Azwaw At Qasi, s’est vue décernée le Prix de l’engagement Ameziane Mehenni que l’Anavad a créé par décret adopté par le parlement Kabyle.

C’est un Président profondément humain, optimiste et déterminé, que nous avons pu interroger au sujet de cette distinction mais également au sujet des activités de la Ligue et de ses projets.

Siwel : Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez appris que la Ligue Kabyle des Droits de l’Homme était lauréate du Prix de l’Engagement Ameziane Mehenni ?

Azwaw At Qasi : Grande fut ma surprise à l’annonce de cette récompense, j’en ai d’ailleurs perdu mes mots sur scène car j’ai omis de rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui travaillent à mes côtés pour faire de la LKDH une organisation sérieuse et performante.

Une fois la surprise passée, j’ai été envahi d’un mélange de fierté évidemment mais aussi de gêne car j’ai de suite pensé à d’autres organisations et surtout d’autres personnes qui travaillent jour et nuit pour venir en aide à nos compatriotes persécutés. Je pense notamment au Collectif de Soutien aux Détenus (CSD), à Augustin, Mounir et Chrif pour ne citer qu’eux, qui font un travail exceptionnel depuis 2021 !

Que représente ce prix pour vous personnellement et pour la Ligue Kabyle des Droits de l’Homme ?

C’est une reconnaissance certes personnelle, je me suis de suite senti investi d’une mission lourde mais aussi importante pour donner de la visibilité aux milliers de militants politiques Kabyles, emprisonnés, condamnés, interdits de quitter le territoire ou d’y accéder à partir de l’étranger.

Pour ce qui est de la LKDH, la symbolique est encore plus forte car les Kabyles ont créé dans les années 80 la Ligue algérienne des Droits de l’Homme dans la douleur et la persécution, qu’ont-ils reçu en retour?! Emprisonnement et torture pour enfin finir tout bonnement par sa dissolution, tout ça pour ça ! C’est dans ce sens que la LKDH prend toute sa dimension, qu’elle soit lauréate du prix de l’engagement, deux années après sa création, est une double victoire. Nous disons aux anciens que le combat pour les droits Humains continue et qu’il vaincra.

Je tenais également à rendre un vibrant hommage à mes collaborateurs, ceux qui travaillent avec moi quotidiennement pour gérer les demandes de protection internationale et comme ce prix nous a été décerné lors de la journée internationale des Droits des Femmes, j’ai une pensée particulière à nos trois drôles de dames, je nommerai Nadia, Tafat et Hestia. Hommage à vous mesdames.

Comment avez-vous vécu cet événement du “Grand rendez-vous” de l’Anavad?

La LKDH honorée d’avoir été invitée à cet évènement, la première véritable rencontre d’un gouvernement et de son peuple, je peux vous dire que cet évènement a été suivi à travers les médias par des milliers de personnes et les retours qui nous viennent de Kabyles sont extrêmement élogieux. La Kabylie donne des leçons de comportement, de management et de gestion de projets. Un peuple qui a autant de capacités ne peut que vaincre.

Parlons un peu de la ligue. Quels sont les principaux combats que mène actuellement la Ligue Kabyle des Droits de l’Homme ?

Depuis sa création en mars 2023, la Ligue Kabyle des Droits de l’Homme LKDH, mène des missions sur plusieurs fronts, tels qu’assister les Kabyles persécutés par un régime totalitaire, dans leurs démarches de protection internationale selon les conventions de Genève, et cela dans les différents pays démocratiques du monde libre à l’image de la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la République Tchèque, le Royaume Uni, l’Irlande, le Canada et l’Australie.

En parallèle nous sommes constamment en contact avec Amnesty International à qui nous fournissons régulièrement des informations concernant des dossiers de prisonniers politiques Kabyles, chose qui a porté ses fruits au regard du dernier rapport de cette organisation qui date de mai 2024 notamment, dans lequel il est rapporté que l’Algérie occupe la place peu reluisante de quatrième en termes de condamnations à mort dans le monde, des condamnations exclusivement prononcées en Kabylie? Nous avons ainsi réussi à sortir du huis clos algérien, l’affaire des condamnés à mort de LNI.

Nous avons également organisé des rassemblements afin de dénoncer l’arbitraire algérien sur la Kabylie et sa population abandonnée par la communauté internationale, sans oublier la participation régulière de la LKDH aux plénières des commissions des Droits de l’Homme de l’ONU.

Pouvez-vous nous parler d’une action ou d’un projet phare dont la ligue est particulièrement fière?

Au-delà de l’accompagnement des demandeurs de protection internationale qui nous mobilise quotidiennement, ce qui prouve qu’il y a énormément de Kabyles persécutés par rapport à leur engagement politique, leur croyance ou tout simplement pour leur identité, il y a deux actions dont je suis particulièrement fier : 

  • La dernière mobilisation du 26 janvier 2025, organisée par la LKDH, pour dénoncer le kidnapping de l’écrivain Boualem Sansal ainsi que tous les détenus politiques que j’appelle des otages. Au-delà de l’affluence nombreuse, nous avons réussi à mobiliser des journalistes français, des hommes politiques ainsi qu’un certain nombre d’associations et d’organisations. Cela a permis de donner de la visibilité internationale à ce qui arrive en Kabylie en particulier et en Algérie en général.
  • La deuxième fierté, est l’intervention magistrale de Mme Tafat, notre juriste à la LKDH, en juillet 2024 lors d’une plénière au niveau de la commission des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève. Mme Tafat a, ce jour là, affronté courageusement et calmement deux organisations affiliées au régime algérien en mettant en avant l’affaire des condamnés à mort de Kabylie, les centaines de prisonniers politiques et d’interdits de quitter le territoire ainsi que la catastrophe écologique qui se profile avec l’exploitation de la mine de zinc de Tala Hamza à Vgayet ! Que le monde entier sache que la Kabylie mais également le bassin méditerranéen  est en danger.

Siwel : Avez-vous observé une évolution dans la répression ou dans les atteintes aux droits des Kabyles ces dernières années ?

Ce qui se déroule à huis clos en Kabylie est dramatique ! La population vit dans la peur quotidienne. Une épée de Damoclès plane sur la tête de chaque Kabyle assumant son identité. Vous savez, depuis la classification du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) en tant qu’organisation terroriste par le régime d’Alger, en mai 2021, ce n’est pas que ce mouvement qui est ciblé mais bien n’importe quel Kabyle. Les règlements de comptes vont bon train, les services de répression collent l’étiquette du terrorisme à tous ceux qui leurs paraissent suspect de « Kabylité ». Tous les espaces d’expression politique ou culturel sont bâillonnés.

Selon les informations qui nous parviennent de Kabylie, les gens ne peuvent même plus s’exprimer de peur de la délation, depuis mai 2021. L’oppression actuelle est au summum de ce que la Kabylie a pu connaitre depuis 1962. Même le régime de Boumediene n’en a pas fait autant ! Paradoxalement, le régime encourage les spectacles de chants et de danses folkloriques afin de montrer au monde que les Kabyles jouissent d’une liberté totale mais le monde n’est pas dupe.

Siwel : Quelles formes de soutien attendez-vous de la communauté kabyle et internationale pour continuer votre travail ?

La population Kabyle nous soutient. Nous recevons régulièrement des messages de soutien mais avec cette répression sans précédent, les échanges se font dans la discrétion. Nos correspondants sur place nous remontent des informations tout le temps. Même à l’étranger les gens ont peur d’afficher leur soutien de peur de se faire arrêter en rentrant en Kabylie. Pour ce qui est de la communauté internationale et des ONG, nous collaborons et nous recevons des soutiens mais là aussi, les dossiers sont tellement confidentiels de peur de mettre les gens et leurs familles en danger, que ces organisations ont bien compris que tout ne pouvait pas être divulgué au grand jour. C’est pour cela que nous attendons que ces dernières nous apportent l’aide nécessaire pour que la LKDH passe un cap et devienne une Organisation Non Gouvernementale. Ce statut nous donnera encore plus de latitude dans notre travail.

Siwel : Avez-vous des initiatives en préparation ?

La plus importante, comme je vous l’ai révélé plus haut, est d’obtenir le statut d’ONG. Les discussions vont bon train avec d’autres organisations ayant ce statut. L’Algérie et son régime surveillent tous nos faits et gestes. Permettez-moi donc de ne pas vous en dire plus.

Siwel : Un message à adresser aux militants, aux défenseurs des droits humains et à ceux qui soutiennent la cause kabyle ?

Nous avons fait le serment à la création de la Ligue Kabyle des Droits, que nous serons les défenseurs de tous les Kabyles persécutés par le régime totalitaire d’Alger, quelque soit leur couleur politique et leur religion. Nous sommes la continuité de nombreux combats déjà entamés par nos prédécesseurs et qui ont échoué mais le monde d’aujourd’hui a changé. II évolue et les compétences aussi, en un mot, NOUS VAINCRONS ! 

Permettez de finir en rendant un vibrant hommage à toutes celles et tous ceux qui travaillent dans l’ombre pour la LKDH mais aussi à tous les membres officiels de cette belle équipe vaillante et dévouée, je nommerai : 

  • Mme Hestia 
  • Mme Tafat 
  • Mme Nadia 
  • Mme Ouardia. A
  • M. Ravah Urahmun 
  • M. Augustin.S
  • M. Yuva. M
  • M. Melek 
  • M. Yahya 
  • M. Murad. A 
  • M. Farid. Z 
  • M. Farid. A 
  • M. Chrif. R

Ainsi que mes deux collaborateurs qui m’assistent quotidiennement, M Yuva et M Lahsen, deux personnes exceptionnelles !

Accéder au site de la LKDH

Propos recueillis par nbb,

SIWEL 210932 MAR 25

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