La Kabylie entre dans une nouvelle ère politique (Texte intégral de la conférence du Président du MAK et de l’Anavad sur les échéances à venir)

PARIS (SIWEL) — Le 11 janvier 2026, le Président du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) et du Gouvernement kabyle en exil (Anavad) a tenu une conférence politique majeure.
Revenant sur la portée historique de la Déclaration unilatérale d’indépendance du 14 décembre 2025, il a exposé la nouvelle orientation stratégique de la Kabylie, tant sur le plan interne qu’international.
Nous publions ci-dessous le texte intégral de cette intervention.

Texte intégral

La Déclaration d’indépendance de la Kabylie est le plus grand événement historique du peuple kabyle depuis 1857. Le 14 décembre 2025 restera à jamais une date charnière dans notre histoire moderne. Désormais, il y a un « avant » et un « après ».

Symboliquement, elle est l’aboutissement de toutes les luttes menées jusqu’ici pour le recouvrement de notre liberté depuis 1857. Après la guerre de Lalla Fadma n’Summer, de 1854 à 1857, puis celle de notre Agellid Amuqran, dit Mokrani, et de Cheikh Aheddad au printemps 1871, toutes deux livrées pour s’opposer à l’annexion de la Kabylie, il y eut ensuite le combat démocratique anticolonialiste. Par ce combat, la Kabylie tenta de fédérer, au-delà de ses frontières, autour de son idéal de liberté, à travers l’Étoile Nord-Africaine, l’ENA, le Parti du Peuple Algérien, les AML, l’UDMA et le MTLD.

Cette aventure se termina par un retentissant fiasco, conséquence de la trahison de Messali Hadj lors de la crise dite berbériste de 1949. Celui-ci, que les Kabyles avaient porté au sommet de leur hiérarchie, préféra saborder le mouvement indépendantiste plutôt que d’accepter un avenir de dignité pour le peuple kabyle.

Refusant d’en rester là, la Kabylie engagea la guerre de libération de 1954 à 1962, dont elle supporta l’essentiel du terrible poids, que ce soit en pertes humaines, en moyens financiers ou en dévastation villageoise.

N’ayant pas trouvé son compte au lendemain des Accords d’Évian, elle livra ensuite, contre l’Algérie post-française, la guerre de Kabylie de 1963 à 1965, sous la direction du FFS de Hocine Aït Ahmed.

Après près de quarante années de tentatives infructueuses visant à faire partager ses valeurs à une Algérie qui leur est violemment hostile, le MAK, né du Printemps noir de 2001, s’est attelé à tirer progressivement toutes les leçons relatives aux mouvements et aux idées politiques portés par la Kabylie.
La Déclaration d’indépendance du 14 décembre 2025 en est la synthèse et l’aboutissement. Elle marque symboliquement la fin d’une époque, de ses mentalités et de ses réflexes.

La Déclaration d’indépendance de la Kabylie ouvre désormais de nouveaux horizons, aussi bien pour le peuple kabyle, ses élites et son avant-garde politique — le Mouvement indépendantiste — que pour l’État algérien.

I – La nouvelle attitude de la Kabylie face à l’Algérie

Face à une Algérie sclérosée idéologiquement, perdue politiquement, ruinée économiquement, isolée et ridiculisée sur la scène internationale par l’incompétence et les crimes du couple Tebboune–Chengriha, la Kabylie propose une alternative : des perspectives et des propositions concrètes pour permettre un minimum de respectabilité et de redressement national.

La Kabylie est, de fait, un partenaire de poids pour l’Algérie. Continuer à le nier ne fera qu’aggraver la crise algérienne, sans pour autant endiguer la marée politique kabyle qui déferle vers la liberté.

L’Algérie est invitée à procéder sereinement à son examen de conscience et à opérer les révisions, aussi déchirantes soient-elles, concernant sa forme politique obsolète et, surtout, ses revendications territoriales sur la Kabylie. Il est de son intérêt supérieur de considérer que la Kabylie ne relève plus de sa politique intérieure, mais désormais des affaires étrangères, afin d’instaurer une coopération équilibrée et un voisinage sécurisé.

La Kabylie est prête à se mettre à la table des négociations avec l’Algérie pour aplanir les différends et les malentendus qui, jusqu’ici, ont empoisonné leurs relations.

Persister dans la répression du fait kabyle n’est ni politique ni efficace. Même si la Kabylie en est directement impactée, cela n’entravera en rien sa marche vers la liberté. En revanche, en persistant dans le déni de la réalité, les décideurs algériens enfoncent l’ensemble de l’Algérie dans une descente aux enfers dont ils porteront l’entière responsabilité.

Pour ce qui nous concerne, en tant qu’avant-garde du peuple kabyle, une nouvelle page de notre histoire s’ouvre autour de deux horizons essentiels : la reprise en main du terrain en Kabylie et la consolidation de notre reconnaissance sur la scène internationale.

Pour atteindre ces objectifs, nous sommes tenus d’opérer une véritable révolution mentale et comportementale. Nous changeons d’époque, nous changeons de logiciel politique.
Nous étions dans la revendication ; nous entrons désormais dans la proposition.
Nous étions un Mouvement ; nous sommes devenus un État.

II – Les changements majeurs internes nécessaires

1 – Les fondamentaux intangibles

Les fondamentaux qui demeureront intangibles sont la Constitution, la Déclaration d’indépendance de la Kabylie et la Plateforme de négociation avec l’Algérie.
Toutefois, cette plateforme nécessitera un amendement afin de remplacer la mention du MAK par le sigle de l’entité qui lui succédera, dans l’hypothèse probable où le MAK serait consacré définitivement pour les missions historiques qu’il a accomplies.

2 – Vers un nouveau cadre politique et militant

Nous disposons d’une année pour réfléchir sereinement à l’opportunité d’un nouveau cadre officiel et d’une nouvelle architecture militante pour la Kabylie, et pour en décider lors du prochain congrès.
D’ici là, nous saisirons le CESEK afin qu’il nous fournisse une étude approfondie sur les meilleures options pour l’avenir de l’indépendantisme kabyle.

Un Front des Forces démocratiques kabyles, dont l’appellation reste à définir, pourrait-il constituer une alternative plus adaptée aux cadres actuels ?
Le débat interne est officiellement ouvert à partir d’aujourd’hui.

3 – Préparation à la gestion de la Kabylie indépendante

Toutes les militantes et tous les militants sont appelés, individuellement et collectivement, dès à présent, à remplir des missions, à occuper des responsabilités, à encadrer des milieux et des catégories socio-économiques, politiques, sportives et culturelles, aussi bien en Kabylie que dans la diaspora.

Il est donc nécessaire que chacune et chacun acquièrent de l’expérience en se présentant, là où ils se trouvent, à des élections locales. Savoir mener une campagne électorale, organiser un meeting, haranguer les foules, formuler une question d’un élu de l’opposition à un chef de la majorité, ou y répondre avec courtoisie, constitue l’art politique indispensable à une vie démocratique saine dans la Kabylie indépendante.

4 – Structures à améliorer ou à créer

a) La communication

Nous avons besoin d’une communication plus efficace, mieux structurée, et dans laquelle chacune et chacun s’implique.
Un tweet, une communication officielle, un lien vers un article en faveur de la cause de liberté du peuple kabyle appellent une mobilisation individuelle afin d’en assurer la diffusion auprès de l’opinion publique.

Nous sommes des acteurs politiques. Nous refusons et condamnons l’usage de la violence, mais nous assumons pleinement les seules batailles qui soient celles des gentlemen : la bataille de la communication, du droit et des idées.

Aux insultes, aux violences verbales, aux fausses informations et aux accusations fantaisistes, répondons par des faits, des arguments et par la politesse. Garder notre sang-froid en toutes circonstances est une obligation morale et politique.

Il est nécessaire de relayer nos communications officielles, mais également recommandé d’exprimer des opinions personnelles, de produire des idées, de signer et de partager des pétitions allant dans le sens de notre combat.
Nous ne sommes pas une organisation de censure, mais une organisation de liberté d’expression, dans le respect des usages, avec davantage d’élégance et de noblesse dans le propos.

b) Le financement de nos actions

L’argent est le nerf de toute action politique. Il conditionne nos moyens et notre efficacité. Toute source de financement légal est donc légitime.
La recherche de financements doit devenir un axe permanent de mobilisation. Cotisations, dons citoyens, voire contributions volontaires, sont essentiels au niveau de structuration, de crédibilité et d’audience auquel nous sommes parvenus.

Le monde nous observe et nous attend. Notre action diplomatique doit être à la hauteur de notre ambition : faire de la Kabylie une nation admise, reconnue et respectée sur la scène internationale.

III – Redéploiement de la Kabylie sur la scène internationale

1 – Le lobbying

Le lobbying est devenu un outil diplomatique, une arme, indispensable à notre présence au sein de la communauté internationale. Il exige des moyens financiers importants. C’est pourquoi j’appelle chacune et chacun à contribuer activement à la mobilisation de toutes les sources de financement légal à notre portée.

Ces deux dernières années ont déjà exigé des dépenses considérables pour atteindre les résultats dont la Kabylie peut aujourd’hui s’enorgueillir. La période qui s’ouvre sera nécessairement plus exigeante encore sur le plan budgétaire.

2 – Restructuration du dispositif diplomatique

Les représentants diplomatiques officiels de la Kabylie ont tous achevé leur mandat.
Un nouveau cadre statutaire, plus précis quant aux droits et aux devoirs de chacun, sera mis en place afin d’améliorer l’efficacité de notre action internationale.

Les candidatures à ces fonctions sont d’ores et déjà ouvertes.
Nous partons à l’assaut de la communauté internationale pour obtenir la reconnaissance officielle de la République fédérale de Kabylie.

Chers amis,

À travers l’ensemble des mutations que nous nous imposons et que, à notre modeste niveau, nous imprimons à notre environnement interne et externe, la Kabylie ouvre une voie nouvelle pour des solutions non violentes, efficaces et responsables.

Je tiens toutefois à préciser un point essentiel : même si la mise en œuvre immédiate de toutes les mesures proposées n’était pas pleinement effective, ce plan doit être assumé collectivement comme un objectif stratégique structurant. Il ne s’agit pas d’un programme opérationnel instantané, mais d’une architecture politique de référence destinée à orienter notre action, nos priorités et nos décisions.

Ce document a vocation à être compris, intégré et partagé par l’ensemble des cadres et militants, afin d’instaurer une culture commune de la stratégie, de la responsabilité et de la prospective politique. Il constitue un guide stratégique permettant une mise en œuvre progressive, adaptée à nos moyens, sans jamais renoncer à ses principes fondamentaux.

Au peuple kabyle, et à toutes celles et tous ceux qui suivent ce moment historique, en direct ou en différé, j’adresse mes meilleurs vœux d’indépendance, de dignité et de prospérité au sein de la République fédérale de Kabylie.

15/01/2025,
Ferhat Mehenni,
Président du MAK et de l’Anavad

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