Quand François-Victor Hugo dénonçait la guerre coloniale contre la Kabylie indépendante
PARIS, 26 mars 1851 / 14 décembre 2025 (SIWEL) — Alors que la France occupait depuis 1830 le territoire que le Général Schneider désignera sous le nom d’Algérie en 1839, la Kabylie demeurait encore indépendante lorsque Paris projeta une expédition militaire contre elle. Cette réalité fut clairement soulignée par François-Victor Hugo, journaliste et fils de Victor Hugo, dans un article publié le 26 mars 1851 dans le journal L’Événement.
Revenant sur le siège de Zaatcha (1849), François-Victor Hugo décrivait une opération militaire déclenchée à la suite d’une contestation fiscale, transformée en un siège d’une extrême brutalité. Le village fut entièrement détruit et sa population exterminée après plusieurs mois de combats, malgré l’engagement de plus de 6 000 soldats français et de l’artillerie.
C’est à partir de ce précédent qu’il mettait en garde contre une guerre annoncée contre la Kabylie, qu’il ne décrivait ni comme une tribu ni comme une simple région rebelle, mais comme une nation structurée. Il la définissait explicitement comme « une Suisse en petit », vivant non sous un régime oligarchique, mais « dans une sorte de démocratie », que d’autres intellectuels français du XIXᵉ siècle tel Ernest Renan décrivait ainsi :
« L’organisation politique kabyle représente l’idéal de la démocratie, telle que l’ont rêvé nos utopistes. »
François-Victor Hugo rejetait par ailleurs le prétexte sécuritaire avancé par le gouvernement français — la protection des communications entre Philippeville et Constantine — rappelant que la Kabylie était demeurée neutre, y compris selon les autorités militaires françaises. « De quel droit fait-on toute une nation responsable de quelques pillards ? », interrogeait-il, avant de conclure par une condamnation sans appel de la colonisation menée par la force : « le canon est stupide. »
Près de deux siècles plus tard, ce texte conserve une portée contemporaine. Après la fin de la présence française, la Kabylie n’a pas recouvré sa liberté et a été occupée par l’État algérien, prolongeant sous d’autres formes une logique de domination que François-Victor Hugo dénonçait déjà en 1851.
Ce 14 décembre 2025, soit près de 175 ans plus tard, la Kabylie proclamera son indépendance à Paris, à proximité de l’ancien siège du journal L’Événement, bouclant symboliquement une séquence historique ouverte au XIXᵉ siècle, lorsque des intellectuels français reconnaissaient déjà en Kabylie une nation démocratique injustement attaquée, celle-ci affirme aujourd’hui, publiquement et solennellement, son droit à l’existence souveraine.
Source : Lisez l’édition du 26 mars 1851 du journal L’Evénement, fondé par Victor Hugo :
https://www.retronews.fr/journal/l-evenement-1848-1851/26-mars-1851/1/59e5a666-33ff-44c6-ab01-3804bb4a0a99
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