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Reconfiguration de l’ordre international et autodétermination : conférence de Ferhat Mehenni à l’UQAM

MONTREAL (SIWEL) – L’amphithéâtre de l’Université du Québec à Montréal s’est révélé bien exigu pour accueillir le nombreux public venu assister samedi 28 février à la conférence de Ferhat Mehenni, président du Gouvernement kabyle en exil, intitulée : « La Kabylie et les nations sans État dans les bouleversements géopolitiques en cours ».

De passage à Ottawa sur invitation de parlementaires fédéraux canadiens, le président Mehenni a saisi l’occasion de sa présence au pays pour rencontrer le public montréalais. Des organisations locales, notamment le Centre étudiant de recherche et d’action nationale (CERAN), Amitié Kabylie-Québec et le Collectif interdisciplinaire d’études sur les peuples (CIDEP), ont ainsi organisé cette conférence afin de faire bénéficier l’auditoire de son analyse des grands enjeux internationaux actuels.

Avant même le début de la conférence, les organisateurs et le public, venus en grand nombre, ont tenu à lui réserver un accueil chaleureux et à lui rendre un vibrant hommage. Dès l’annonce de son entrée, une longue ovation debout a fait résonner l’amphithéâtre.

À son arrivée dans la salle, M. Mehenni, accompagné de son directeur des Relations internationales, Karim Achab, a été accueilli par les organisateurs ainsi que par plusieurs députés actuels et anciens du Bloc québécois, parmi lesquels Mario Beaulieu, Gilles Duceppe et Denis Trudel, qui se sont succédé à la tribune pour souligner son engagement et saluer son passage à Montréal.

Invité à prendre la parole, Karim Achab a rappelé que la Kabylie prend l’Histoire à témoin : les Kabyles ont, selon lui, tout entrepris pour démocratiser l’Algérie en lui faisant accepter et respecter sa diversité identitaire, culturelle et linguistique, et que l’indépendance demeure aujourd’hui la seule voie envisageable.

Le président Mehenni a ensuite développé une analyse structurée des mutations géopolitiques contemporaines. Le conférencier a notamment rappelé que l’ordre juridique international, longtemps fondé sur l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et sur le principe strict de non-ingérence, connaît aujourd’hui une transformation profonde : la reconnaissance de nouveaux États et la multiplication d’interventions internationales démontrent que la souveraineté n’est plus absolue et que la carte politique mondiale demeure une construction évolutive. Il a souligné que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, consacré par l’Organisation des Nations unies, retrouve une place centrale après avoir été longtemps subordonné aux équilibres géopolitiques, tendant désormais à être envisagé comme un instrument de résolution pacifique des conflits identitaires à travers des processus négociés ou référendaires plutôt que par la violence.

Dans ce nouvel environnement mondial, la déclaration d’indépendance kabyle s’inscrirait, selon lui, dans cette dynamique internationale de revendication à la reconnaissance et à l’autodétermination, en s’appuyant sur la langue, la culture, la mémoire et la continuité territoriale, tandis que la tension avec le principe d’intégrité territoriale invoqué par l’État algérien relèverait désormais autant d’un débat politique et moral que strictement juridique.

Enfin, le président a estimé que les recompositions géopolitiques actuelles et la crise des institutions multilatérales favorisent une approche plus pragmatique des grandes puissances, rendant les mouvements d’autodétermination moins marginalisés et parfois reconnus comme interlocuteurs politiques, ce qui ouvre de nouvelles perspectives de visibilité diplomatique ; dès lors, la légitimité internationale ne reposerait plus uniquement sur la reconnaissance formelle des États existants, mais de plus en plus sur l’adhésion réelle des populations concernées, la stabilité durable ne pouvant être imposée sans consentement

lb/wbw
SIWEL 012230 MAR 26

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