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« Il faut sauver le Djurdjura », ou comment le bourreau se présente en sauveur de sa propre victime, par Olivier Graïne

À l’approche du 14 décembre 2025, date où la Kabylie proclamera unilatéralement son indépendance, le régime algérien actionne ses relais, ses porte-voix, ses mythographes officiels via la toile. Il les lance comme on agite des épouvantails, pour intimider, brouiller, salir. Et derrière chaque mot qui sort de leurs bouches, la même source desséchée se devine. Leur argument, leur retournel, leur disque rayé, c’est toujours la guerre. Nous avons fait la guerre, nous avons la légitimité, nous avons vaincu la France.

Mais ils oublient la seule guerre qui les démasque, la seule qui renverse leur rhétorique : celle qu’ils ont menée contre la Kabylie en 1963, quelques mois à peine après l’indépendance. Une guerre interne, éclair, dissimulée, effacée des manuels, maquillée pour ne pas entacher la légende. Des centaines de morts kabyles, exécutés, pourchassés dans les villages, fusillés pour avoir refusé la confiscation du pays par un clan. Le premier sang post-indépendance a été kabyle. Voilà la vérité qu’ils cachent : l’Algérie nouvelle a commencé par tirer sur la Kabylie. Et depuis, l’histoire se répète, implacable : 1963, 1980, 2001, 2021, un même fil rouge, un même cycle d’étouffement.

Le refrain revient, s’use, se vide de son sens, ne dit plus rien d’autre que la misère morale d’un pouvoir nu. La rente mémorielle était déjà une caricature, mais ce régime va plus loin. Il carbure à la guerre d’indépendance. C’est sa seule énergie, son dernier carburant politique, plus corrosif encore que le pétrole qui graisse son train de vie de pacha.

La guerre d’indépendance n’est plus pour eux une mémoire. C’est une pompe à essence idéologique. Ils y font le plein à chaque crise, chaque élection, chaque frisson démocratique. Ils avancent à coup de commémorations mécaniques, persuadés que l’histoire leur appartient comme un brevet éternel.

La mécanique est connue. Dès que la Kabylie respire, on la diabolise. Dès qu’elle parle, on la traite de menace. Dès qu’elle revendique une place digne, on l’accuse de trahison. Des écrivains, des analystes domestiqués, des chroniqueurs serviles sont mobilisés pour répéter les mêmes sentences. Ils récitent l’unité nationale comme un châtiment. Ils invoquent la souveraineté comme un gourdin. Ils agitent les épouvantails que le pouvoir leur a glissés dans les mains. Ce jeu de marionnettes ne trompe plus personne. Le discours officiel n’a plus de chair, plus de sang, plus de vérité. Il ne reste que la propagande à la voix cassée d’avoir trop crié.

La Kabylie, elle, avance. Elle porte son histoire, ses luttes, ses deuils, ses renaissances. Elle porte aussi la lucidité de ceux qui ont été les premiers à voir que la promesse algérienne avait été confisquée, retournée, étouffée. On lui reproche d’être elle-même, d’être vive, d’être debout. On lui reproche d’avoir encore un cœur qui bat. Son désir d’indépendance est présenté comme une menace parce qu’il révèle l’illégitimité d’un pouvoir fatigué. Le régime déteste la Kabylie parce qu’elle lui rappelle ce qu’il a trahi.

Face à cela, un seul discours est cohérent, un seul. Défendre la dignité, défendre la liberté, défendre la terre qui nous appartient par l’histoire, par la langue, par l’héritage, par la simple évidence des siècles. Et dans cet article, une seule chose est juste. Nous la reprenons à notre compte, sans détour, sans masque, sans prudence : Il faut défendre le Djurdjura !

1. Introduction : Objet du Communiqué

Le communiqué prétend protéger la Kabylie en dénonçant l’ingérence étrangère. La vérité est inverse : c’est Alger qui transforme la Kabylie en terrain d’occupation. Les vrais instruments d’ingérence sont les checkpoints qui quadrillent le Djurdjura, les caméras, les barbouzes, la répression de toute contestation. Le régime agit comme une puissance étrangère sur son propre peuple.

2. Identité, Loyauté et Protection de la Kabylie

L’État algérien invoque la Kabylie et l’amazighité tout en niant leur existence depuis 1962, en criminalisant les symboles amazighs, en étouffant la culture, en réprimant les mouvements citoyens. La loyauté que le régime réclame est un leurre : il exige l’allégeance au pouvoir, pas à la Kabylie. Leur “protection” n’est qu’un quadrillage militaire et une instrumentalisation identitaire pour masquer leur domination.

3. La Réalité d’Israël

Le communiqué accuse Israël de violence de masse. Chez nous, ce miroir se retourne : le régime algérien tire sur des manifestants kabyles, torture, emprisonne, réprime massivement. L’État algérien applique chez lui ce qu’il dénonce ailleurs. La vraie menace pour la Kabylie, ce n’est pas Israël : ce sont les balles, les prisons et les commissariats algériens, le quadrillage des montagnes par des checkpoints à chaque carrefour.

4. Les États-Unis

Le texte pointe l’occupation permanente américaine comme un danger. Mais depuis 1962, l’armée algérienne est elle-même une force d’occupation permanente : elle a confisqué le pays, verrouillé les institutions, bâillonné la presse, monopolisé le pouvoir et annexé les ressources. Guantánamo ? L’Algérie en a vingt, dispersés dans le pays, sans avocats ni juges indépendants. L’Algérie a inventé la base permanente sur son propre sol.

5. L’Europe et le Passé Colonial Français

On accuse la France. Mais l’Algérie a perpétué les méthodes coloniales après l’indépendance : répression des Kabyles en 1963, 1980, 2001, et aujourd’hui encore, arrestations, emprisonnements, surveillance. La colonisation n’a jamais quitté le pays, elle a simplement changé de drapeau. L’histoire est retournée contre le régime : il est l’héritier de ce qu’il prétend dénoncer.

6. La Guerre Psychologique

Le communiqué dénonce la manipulation sociale par l’étranger : alcool, drogues, pauvreté, chômage, fragmentation sociale. Ce catalogue est exactement celui que le régime applique depuis soixante ans. L’Algérie fabrique la misère, contrôle les populations, organise la corruption, puis accuse Israël et l’Occident. La Kabylie n’a pas besoin de puissances étrangères : elle est déjà sous occupation et manipulation interne.

7. Conséquences Stratégiques

Le communiqué menace d’une occupation si le MAK s’allie à l’étranger. Retour à l’envoyeur : la Kabylie est déjà occupée par son propre État. Checkpoints, commissariats, surveillance militaire et politique. La souveraineté populaire est absente, la région est étrangère à l’État qui prétend la protéger.

8. L’Erreur Politique de Ferhat Mehenni

Le régime veut présenter Mehenni comme un instrument manipulé par l’étranger. Mais l’inversion est complète : c’est le peuple kabyle qui subit l’instrumentalisation du régime depuis des décennies. L’engagement d’un leader kabyle est criminalisé, tandis que la colonisation interne se poursuit sans opposition.

9. Conclusion : Avertissement Final et Appel à l’Unité

Le communiqué prétend défendre la Kabylie contre l’ingérence étrangère. En réalité, la seule puissance étrangère qui dicte sa loi dans le Djurdjura, ce sont les généraux d’Alger. La Kabylie est menacée par les checkpoints, la surveillance, les arrestations et la confiscation de sa souveraineté. Les montagnes ne ploient pas : elles savent reconnaître l’oppresseur, même lorsqu’il se prétend venu d’Alger avec amour.

Olivier Graïne, sculpteur kabyle

SIWEL 022245 DEC 25

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