Je suis Kabyle et je suis contre l’indépendance de la Kabylie
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car je veux que ma culture se dissolve lentement dans l’arabo‑islamisme, non pas par accident mais par fidélité au programme méthodique mis en œuvre par le régime algérien depuis 1962, un programme d’effacement continu, systématique, systémique.
Je renie 1963, je renie 1980, je renie 2001, je renie 2021, et je renie même les massacres à venir.
Je suis pour que ma langue devienne un folklore inoffensif, une parure décorative, un vestige sans force.
Je suis pour que ma culture disparaisse au profit d’une culture dominante qui ne laisse aucune place aux nuances, aux siècles, aux racines, aux montagnes, aux morts.
Je préfère la dilution au combat, la disparition à la survie.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car je me rassasie des morts d’hier pour mieux fuir les exigences d’aujourd’hui.
J’utilise honteusement le sang des martyrs de la guerre de libération, comme si leur sacrifice pouvait me transformer en super‑héros rien qu’en enfilant la tunique de leur mémoire.
Je me cache derrière leurs tombeaux pour éviter d’affronter ma propre lâcheté.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car je suis pour son maintien dans le sous‑développement, sa marginalisation et sa répression.
Je soutiens un système où penser est dangereux, où parler est risqué, où vivre libre est un privilège refusé.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car je suis un ancien du MAK et j’accuse le MAK de dérive terroriste parce que j’ai signé, au consulat d’Algérie à Paris, une capitulation qui m’oblige à collaborer avec les services secrets, à répéter leurs narrations, à déformer la réalité, à raconter des bobards contre un mouvement souverainiste que je n’ai plus le courage d’assumer.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car je préfère brandir les morts d’hier pour me glisser dans leur peau, me sentir investi de leur héroïsme, comme si la simple évocation de leur sacrifice pouvait me transformer en super‑héros rien qu’en enfilant la tunique de leur mémoire.
Je m’affuble de leur gloire pour masquer l’absence de la mienne.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car la liberté m’effraie plus que la répression.
Je préfère répéter les slogans d’un pouvoir qui me tient en laisse plutôt que de servir une cause qui m’obligerait à devenir un Amazigh, un Homme (femmes et hommes) avec un grand H, debout, écrivain de son propre destin.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
pour mieux me convaincre que ma reddition est un choix et non une capitulation, pour mieux anesthésier la honte que j’avale chaque matin avec le thé brûlant de l’oubli.
Je me persuade que l’humiliation est une forme de sagesse, que la soumission est une prudence, que l’effacement est une forme supérieure de civilisation.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
car je pense qu’en niant ce que je suis je deviendrai quelqu’un d’autre,
quelqu’un de moins dangereux, de moins visible, de moins vivant.
Je crois naïvement qu’en supprimant mon reflet, j’efface la main qui le frappe.
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
et pourtant, chaque fois que je me regarde dans le miroir, je vois un fantôme qui emprunte la dignité des autres.
Chaque mot que je prononce est une chaîne invisible, chaque phrase un acte de lâcheté.
Je vis entre la mémoire des morts et la peur des vivants, spectateur de ma propre soumission.
Et pourtant…
JE SUIS KABYLE ET JE SUIS CONTRE L’INDÉPENDANCE DE LA KABYLIE
et je le répète, je l’affirme, je le proclame haut et fort, avec le drapeau algérien serré contre ma poitrine pour tromper l’ennemi,
car dans mon cœur seul le drapeau Kabyle flotte, brûlant, vibrant, indélébile.
Je marche, tête basse, mais mes battements de cœur scandent déjà un autre rythme, une autre date, un autre horizon.
J’attends.
Oui, j’attends avec impatience, fièvre et tremblement,
le 14 décembre 2025,
date de la proclamation unilatérale de l’indépendance.
Je me tiens prêt, silencieux, déguisé en loyaliste pour passer sous les radars,
car plus tard, je l’expliquerai :
j’ai dû être contre pour mieux cacher mon jeu face au régime.
Je me suis incliné pour mieux bondir.
J’ai feint la résignation pour mieux préparer la délivrance.
Je suis Kabyle, je suis contre l’indépendance de la Kabylie…
jusqu’au jour où l’aube me donnera raison.
Alors seulement, je pourrai dire la vérité :
que jamais la soumission n’a trouvé place dans mes veines,
que jamais mon drapeau n’a changé,
que jamais mon cœur n’a trahi.
Et ce jour‑là,
je déposerai le drapeau algérien comme on laisse tomber un vieux masque,
et j’ouvrirai ma poitrine pour montrer le seul drapeau qui ne m’a jamais quitté :
le drapeau Kabyle.
Azemmur Graïne
