| | | |

Colonisation : jusqu’où peut aller la logique de la réparation rétroactive ? Par Olivier Graïne

Screenshot
CONTRIBUTION (SIWEL) – À la suite de l’adoption le 24 décembre 2025 par l’Assemblée populaire nationale algérienne d’une loi criminalisant la colonisation française, Olivier Graïne propose une démonstration par l’absurde sur les implications juridiques d’une « réparation intégrale » appliquée rétroactivement à l’Histoire. En poussant le raisonnement jusqu’à ses ultimes conséquences – politiques, civilisationnelles et même cosmologiques – cette contribution interroge les limites du droit face au temps et met en garde contre la confusion entre mémoire, justice et métaphysique :
 
Pour une restitution intégrale : essai de décolonisation rétroactive universelle
 
Le 24 décembre 2025, l’Assemblée populaire nationale algérienne a adopté une loi criminalisant la colonisation française (1830-1962).
Le texte qualifie cette période de crime d’État, appelle à des excuses officielles, à des réparations, et à la reconnaissance d’un préjudice historique. Il s’agit d’un acte juridique majeur, qui ouvre un nouveau champ du droit international : la pénalisation rétroactive de l’Histoire.
 
Prenons donc cette loi au sérieux, comme le commande la rigueur intellectuelle.
 
I / Principe fondamental : la réparation intégrale
 
En droit, le principe cardinal est celui de la restitutio in integrum : la victime doit être remise dans l’état exact où elle se trouvait avant le dommage.
 
Si la colonisation est un crime, alors la France a l’obligation juridique de rétablir l’Algérie dans son état de 1830.
 
Il ne s’agit pas de demi-mesures symboliques, de commissions mémorielles, de discours présidentiels. Il s’agit d’une opération matérielle, ontologique, civilisationnelle.
 
II / Décolonisation matérielle : démanteler le XIXe et le XXe siècle
 
La France devra donc :
1 Détruire les infrastructures coloniales : routes, ports, voies ferrées, barrages, villes modernes, universités, hôpitaux, réseaux électriques.
2 Reconstituer les marécages asséchés, les forêts détruites, les tribus dispersées.
3 Déconnecter l’Algérie de la mondialisation, car celle-ci est un effet secondaire de la colonisation.
4 Rétablir l’économie pré-moderne : razzias, esclavage méditerranéen, fiscalité tribale, piraterie corsaire.
 
Concernant les essais nucléaires, la France devra non seulement dépolluer, mais remettre les isotopes dans l’état où ils se trouvaient en 1830, ce qui impliquera, par cohérence scientifique, d’inverser le temps. Une commission franco-algérienne de physiciens quantiques sera nécessaire.
 
III / Restauration politique précoloniale
 
La République algérienne contemporaine étant une création postcoloniale héritée des structures françaises, elle constitue un produit du crime et doit être abolie.
 
Alger devra être rendue à son statut de régence ottomane, gouvernée par un Dey nommé par Istanbul. La Turquie contemporaine, héritière morale de l’Empire ottoman, sera invitée à envoyer une nouvelle administration impériale, afin d’assurer la continuité historique.
 
Les tribus sahariennes retrouveront leurs chefferies, les confréries religieuses leurs pouvoirs judiciaires, et les confédérations kabyles leur indépendance politique.
 
La Kabylie, n’ayant jamais été intégrée ni à l’Empire ottoman ni au projet national arabe, devra être reconnue comme entité souveraine, sous forme de confédération proto-démocratique, à l’image des cantons suisses… mais au XVIIIe siècle.
 
IV / Extension du principe : la décolonisation universelle
 
Cependant, la colonisation française n’est qu’un épisode parmi d’autres. La cohérence juridique impose donc de criminaliser :
1 la colonisation ottomane (XVIe-XIXe siècles),
2 la colonisation arabe (VIIe-XIe siècles),
3 la colonisation romaine,
4 la colonisation phénicienne,
5 la colonisation vandale, byzantine, carthaginoise, libyco-berbère.
 
Chaque crime devra être réparé.
Ainsi, l’Algérie devra être rendue aux Numides, les Numides aux populations pré-numides, celles-ci aux Homo sapiens archaïques, lesquels devront restituer le territoire aux Néandertaliens, victimes d’un génocide paléolithique.
 
Une Cour pénale paléo-historique sera instituée pour juger les crimes de Cro-Magnon contre Néandertal. Des réparations symboliques pourront être versées sous forme de fossiles, de grottes reconstituées et de reconstitutions holographiques.
 
V / L’ultime cohérence : la restitution cosmique
 
Mais la rigueur exige d’aller plus loin.
Si toute appropriation territoriale est un crime, alors l’installation de l’espèce humaine en Afrique du Nord constitue une colonisation de la biosphère. Les humains devront restituer la Terre aux bactéries primordiales, puis celles-ci devront restituer la planète à la matière inerte, afin de revenir à l’état antérieur au Big Bang.
 
Un Tribunal cosmologique de La Haye statuera sur la responsabilité des particules élémentaires.
 
Conclusion : la morale contre l’Histoire
Cette démonstration peut sembler absurde. Elle ne l’est pas plus que l’idée qu’une loi puisse juger un siècle révolu, réparer un passé ontologique, ou refaire l’Histoire par décret.
 
Criminaliser la colonisation est un acte politique symbolique. Mais lorsque le symbolique se prend pour le réel, il devient une théologie juridique, un messianisme parlementaire, une métaphysique du ressentiment.
 
L’Histoire n’est pas un prétoire, elle est un champ de ruines, de créations, de violences et de métissages. La juger rétroactivement, c’est confondre la morale, le droit et la physique du temps.
 
Et à force de vouloir réparer les morts, on finit par oublier les vivants et c‘est justement ce que fait l‘Algérie.
 
Olivier Graïne
SIWEL 151745 FEV 26

À lire aussi