Montpellier rend hommage au poète et chanteur kabyle Matoub Lounès, en présence de Nadia Matoub et en solidarité avec les prisonniers politiques kabyles
MONTPELLIER, le 24 janvier 2026 (SIWEL) — En ce jour hautement symbolique marquant l’anniversaire de la naissance du chanteur et poète kabyle Matoub Lounès, la ville de Montpellier a procédé à l’inauguration officielle d’une rue portant son nom ainsi que d’une plaque mémorielle en son honneur. Matoub Lounès, figure majeure de la chanson engagée kabyle et combattant infatigable de la liberté, aurait eu aujourd’hui 70 ans.
La cérémonie, organisée par l’association Identité et Partage, s’est déroulée en présence de Nadia Matoub, épouse de Matoub Lounès, du maire de Montpellier, de membres du conseil municipal, d’acteurs associatifs ainsi que de nombreux citoyens kabyles venus rendre hommage à cette figure emblématique de la résistance culturelle et politique kabyle.
Après une introduction assurée par Nadir Bettache, président de l’association Identité et Partage, et des prises de parole d’acteurs associatifs, la parole a été donnée à Nadia Matoub. Elle a tout d’abord remercié l’association organisatrice, le conseil municipal et le maire de Montpellier pour cet hommage rendu à la mémoire de Matoub Lounès.
Dans une intervention forte et émouvante, Nadia Matoub a rappelé que cette journée correspond à l’anniversaire de la naissance de Lounès, qui aurait eu 70 ans aujourd’hui. Elle a souligné qu’il a été assassiné à l’âge de 42 ans et que, jusqu’à ce jour, la vérité sur son assassinat n’a jamais été établie.
Elle est également revenue sur les événements tragiques qui ont suivi cet assassinat, rappelant que la révolte populaire qui s’en est suivie a coûté la vie à trois jeunes Kabyles — Salhi Redouane, Aït Idir Rachid et Ouali Hamza — assassinés par les forces de l’ordre algériennes. Nadia Matoub leur a rendu un hommage appuyé.
Évoquant la plaque mémorielle inaugurée à Montpellier, elle a rappelé les mots du maire inscrits dessus, qualifiant Matoub Lounès de « combattant absolu de la liberté ». Elle a fait le lien avec les paroles du chanteur lui-même : « Lorsque je suis né kabyle, mon nom est combat ». Pour elle, l’assassinat de Matoub visait à briser la liberté, mais cette tentative a échoué : « Ceux qui veulent briser la liberté n’y arriveront pas. Nous sommes encore là, nombreux à résister. La jeunesse est encore là pour résister. »
Nadia Matoub a insisté sur le fait que la symbolique de Matoub Lounès ne sera jamais brisée. Citant ses mots — « Je suis poète, témoin de mon temps » — elle a précisé qu’il est essentiel de témoigner de ce qui se passe aujourd’hui. Selon elle, commémorer Matoub Lounès ne peut se limiter à ses chansons alors que la répression et les injustices persistent.
Elle a dénoncé l’emprisonnement de nombreux citoyens kabyles, rappelant que la liberté d’expression est aujourd’hui criminalisée en Algérie. « Faisons comme Lounès, dénonçons les injustices », a-t-elle lancé, appelant à rester fidèles à la ligne de conduite et au combat de Matoub Lounès.
La voix tremblante, Nadia Matoub a également rappelé que le 29 janvier prochain, plusieurs de ses amis actuellement incarcérés dans les geôles algériennes seront jugés par ce qu’elle a qualifié de « justice dépourvue de sens, devenue un instrument de répression ». Elle a cité les noms de nombreux prisonniers politiques kabyles, parmi lesquels Mira Moknache, enseignante universitaire, Chérif Mellal, ancien président de la JS Kabylie, Wafia Tidjani, Rafik Belayel, Koudir Bouchelaghem, Arezki Hidja, Tahar Achiche, Ghilas Benkerrou, Mohamed Tadjadit, Ilyes Touati, Lounès Ghougad, Salim Bouaaza, Allas Di Tlelli, ainsi que les condamnés à mort de Larbaâ Nath Irathen : Youcef Guedache, Yacine Nechak, Mohamed Laskri, Azwaw Hadjaz, Syphax Mamou et Moualek.
Pour Nadia Matoub, tous ces détenus sont « les enfants de Matoub Lounès ». « On ne peut pas parler de Lounès sans les évoquer. Parlons d’eux. Lounès serait fier de nous », a-t-elle conclu.
Par cette inauguration, Montpellier inscrit durablement dans son espace public la mémoire du poète et combattant kabyle Matoub Lounès, rappelant que son combat pour la liberté, la dignité et la justice du peuple kabyle demeure plus que jamais d’actualité.
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SIWEL 241849 JAN 26
