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Mounir Boutegrabet rend hommage à Dda Arezki Bouzefrane — Arezki At Zemenzer

À la mémoire d’un homme qui a consacré sa vie à la Kabylie, à sa langue et à son identité.

Dimanche matin, la Kabylie a perdu l’un de ses enfants les plus dévoués. Arezki Bouzefrane, Dda Arezki, Arezki At Zemenzer, nous a quittés.

J’ai eu l’honneur de travailler avec lui sur plusieurs projets, notamment au sein de l’Anavad et du CESEK. Mais au-delà du militant, du scientifique et du technicien, j’ai surtout connu un homme profondément passionné par la Kabylie, un homme qui s’est donné corps et âme pour elle, souvent dans l’ombre, sans rechercher ni les honneurs ni la lumière.

Durant toute sa vie, Dda Arezki a œuvré pour la langue kabyle, l’identité kabyle et la transmission de notre patrimoine. Il a côtoyé et accompagné de grandes figures de la défense de la langue et de la culture kabyles, parmi lesquelles Mouloud Mammeri, Salem Chaker et de nombreux autres militants et intellectuels. Il appartenait à cette génération de femmes et d’hommes qui ont compris très tôt que défendre la langue kabyle, c’était défendre l’existence même de notre peuple.

Ces dernières années, en parallèle de son travail scientifique et technique, il avait choisi de porter publiquement son engagement. Il s’était investi au sein du MAK, du CESEK et de la HRDK (Human Rights Defense in Kabylia). Il ne manquait pratiquement aucun rendez-vous important de la lutte pour la liberté de la Kabylie.

Il a inlassablement porté la voix du peuple kabyle auprès du monde. Il a dénoncé la répression, défendu les droits des Kabyles et notamment dénoncé avec force l’utilisation de l’article 87 bis, y compris dans les enceintes internationales et devant les instances de l’ONU.

Je me souviens particulièrement de notre rencontre lors de la Déclaration d’indépendance de la Kabylie. Nous avions eu un immense plaisir à échanger. Mais la dernière fois que je l’ai vu physiquement restera gravée dans ma mémoire : c’était lors de la Marche du 20 avril 2026 à Paris.

Dda Arezki était là, le drapeau kabyle à la main, levé très haut. Il affichait ce sourire qui le caractérisait et cette détermination intacte à consacrer le reste de sa vie à la Kabylie. Il était heureux d’être parmi les siens, heureux de voir la jeunesse kabyle mobilisée, et toujours aussi passionné lorsqu’il échangeait avec les jeunes informaticiens, les jeunes scientifiques et les jeunes militants.

Ce jour-là, il m’avait demandé de ne surtout pas hésiter à venir chez lui chaque fois que je monterais à Paris. Il me disait qu’il avait de la place et que cela lui ferait énormément plaisir de me recevoir. Ce geste simple en disait long sur sa générosité et sur l’attention qu’il portait aux autres.

Quelques semaines plus tard, j’ai appris sa maladie. Le 5 juillet 2026, je l’ai appelé au téléphone.

Sa voix était très faible, très cassée. Une petite voix, loin de celle que je connaissais.

Il m’a dit :

« Mounir, je pense que ça va être très difficile. »

Je lui ai répondu que je voulais qu’il se batte comme il l’avait toujours fait pour la Kabylie, comme il s’était battu toute sa vie.

Il m’a promis qu’il allait se battre, qu’il irait jusqu’au bout, malgré la difficulté.

Je sentais aussi combien la présence de sa famille autour de lui lui apportait du réconfort. Il en parlait avec bonheur. Il était également heureux de savoir que de jeunes informaticiens continuaient à lui rendre régulièrement visite.

Et puis, au milieu de cette épreuve, il m’a dit quelque chose que je n’oublierai jamais :

« Ne lâchez rien. »

Je lui ai répondu :

« On ne lâchera rien. Et toi aussi, tu seras avec nous. »

Il m’a alors rappelé une conviction qui résumait toute sa vie :

« La Kabylie mérite tous nos sacrifices. »

Je lui avais demandé de ne pas se fatiguer, de penser à lui et à sa santé. Je lui avais dit :

« Tu as tout mon soutien. Ta force, ton courage et ta dignité ont toujours été une source d’inspiration. Sache que tu n’es pas seul : nos pensées et notre solidarité t’accompagnent chaque jour. Prends le temps de te soigner, ta santé passe avant tout. Que la guérison soit au bout du chemin et que tu retrouves très vite la force et la sérénité. »

Malheureusement, la maladie en a décidé autrement.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à accepter sa disparition. Je pensais être devenu plus endurci face à la mort, après les épreuves et les disparitions de ces dernières années. Je me rends compte que non.

La disparition de Dda Arezki me fait profondément mal.

Parce que certains hommes ne sont pas simplement des compagnons de route. Ils deviennent une partie de notre histoire, une partie de notre combat et une partie de notre mémoire.

Dda Arezki était de ceux-là.

Il laisse derrière lui une famille, des amis, des compagnons de lutte, des élèves, des jeunes qu’il a encouragés et inspirés. Mais il laisse surtout un héritage : celui d’un homme qui a consacré une grande partie de son existence à défendre une langue, une identité et un peuple.

À toute la jeunesse kabyle, je veux dire aujourd’hui :

N’oubliez jamais ce nom : Arezki Bouzefrane.
N’oubliez jamais ce nom : Arezki At Zemenzer.

Que son parcours soit raconté. Que son engagement soit transmis. Que les générations futures sachent qui il était et ce qu’il a accompli.

Son nom doit rester à jamais gravé dans la mémoire collective du peuple kabyle.

Dda Arezki, tu nous as demandé de ne rien lâcher.

Nous ne lâcherons rien.

Ton combat ne s’arrête pas avec ta disparition. Il continue dans celles et ceux que tu as inspirés, dans les jeunes que tu as accompagnés, dans la langue que tu as défendue et dans cette Kabylie à laquelle tu as consacré ta vie.

Repose en paix, Dda Arezki.
Tanemmirt pour tout ce que tu as donné à la Kabylie.
La mémoire d’un homme comme toi ne meurt jamais.

Vive la République Fédérale de Kabylie libre et indépendante.

Mounir Boutegrabet

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