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Femmes kabyles emprisonnées par le régime algérien : appel à la responsabilité collective du peuple kabyle. Par Raveh Urahmun

EXIL (SIWEL) — Dans cette tribune dédiée à Nadia Moussaoui et aux femmes kabyles emprisonnées par le régime algérien, le sociologue Raveh Urahmun dénonce la répression qui frappe des militantes et des voix kabyles, mais aussi le silence et les renoncements qu’il observe au sein de la société kabyle. Plaçant la femme au cœur de la transmission de la langue, de la mémoire et des valeurs collectives, l’auteur appelle les Kabyles à surmonter la peur et à assumer, chacun à son niveau, leur responsabilité dans la préservation de leur identité et de leur avenir :

POUR L’HONNEUR DE LA FEMME KABYLE, POUR LA LIBERTÉ DE LA KABYLIE

En hommage et en soutien à Nadia Moussaoui, à ce visage d’une douceur qui apaise au premier regard, à l’instar de ceux de Mira, de Wafia et de tant d’autres femmes kabyles. Oui, il existe des visages dont l’expression attire et séduit dès le premier regard. Des visages qui éveillent le désir de franchir le seuil de leur silence. Des êtres qui semblent venir d’un ailleurs dont on pressent les secrets sans jamais parvenir à les atteindre.

En soutien à nos femmes qui croupissent dans les geôles algériennes. Derrière les barreaux, le visage de ces colombes projette sur la société kabyle l’ombre de la peur, du silence, de la honte, de la lâcheté et de la trahison d’une catégorie de prétendues élites politiques et intellectuelles, de ces partis et de ces élus kabyles sans lesquels la peur n’aurait peut-être jamais envahi nos villages.

Le travail de sape de la société kabyle s’est accompli insidieusement sous le régime de Bouteflika, qui a porté atteinte à l’organisation villageoise — Lânaya n Taddert — en transformant la Tajmaât en association, avec la complicité d’obséquieux serviteurs du pouvoir qui ont troqué leur dignité contre quelques minables privilèges. Le processus se poursuivra avec le Hirak qui a permis aux services algériens de pénétrer physiquement et psychologiquement au cœur de la société, toujours avec la bienveillance de ceux qui, par servilité, ont accepté de leur ouvrir les portes.

Nonobstant l’anéantissement programmé de son être, cette catégorie de Kabyles continue de poursuivre un fantôme qui lui exprime pourtant clairement son exclusion, dans un jeu pervers d’influence, de mensonges et de soumission, entre le pervers narcissique et sa victime. Ces gens-là n’ont décidément pas compris que l’hydre ne peut être assouvie que par l’anéantissement total de la kabylité.

L’analyse psychosociologique et comportementale met à nu, à mes yeux, les ressorts de cette servilité : déconsidération sociale, frustration, narcissisme, désir de revanche sur la société. Ces gens-là sont sortis de l’imaginaire kabyle ; ils se sont éloignés du socle de l’ancestralité et des fondements de la kabylité. Je vais plus loin : je dirais qu’ils sont hors d’eux-mêmes. Comme l’exprime cette métaphore dans la langue kabyle :

« D aɣyul yeččen di tvarḍa ines. »

C’est leur complicité active qui a ouvert les portes à l’idéologie meurtrière d’un système aux mains de ceux qui exercent le pouvoir par la peur, la répression et la négation de l’autre.

Entre-temps, le régime algérien continue d’arrêter nos femmes sous l’accusation de « terrorisme » et d’interdire toute voix kabyle. La femme est un être sacré dans la symbolique kabyle. Elle incarne les valeurs de la kabylité ; elle transmet la langue, la mémoire et l’éthique. Par la simple permanence de son rôle, elle ancre la société dans sa continuité. Toucher à une femme équivaut, dans la société kabyle et dans cet univers moral, à un sacrilège majeur. La femme ne se contente pas de donner la vie : elle la défend.

Dans cette Algérie où penser est devenu un risque, où la beauté semble suspecte, où la vérité est pénalisée et où l’affirmation de la kabylité peut devenir un acte puni de prison, la femme kabyle demeure une forme de résistance vivante. Son existence même est ressentie comme un acte d’insoumission ; son identité, comme un souffle de liberté.

La Kabylie devient alors un miroir que l’on refuse de regarder, parce qu’il renvoie l’image de tout ce que le système sociopolitique algérien a renié : la beauté, l’intelligence, la dignité, la vérité et l’authenticité.

Aussi ne devons-nous pas considérer que l’enlèvement ou l’arrestation d’une femme kabyle ne concerne qu’elle seule. Lorsqu’une femme est humiliée, emprisonnée ou réduite au silence, c’est tout un peuple qui est atteint dans sa dignité.

Le silence, lui, ne ferait qu’accélérer l’objectif ultime du pouvoir : l’effacement de la kabylité.

Le temps du réveil est venu. Je l’ai écrit et je le réécris ici : il est même urgent de nous réveiller.

Le peuple kabyle, dans toutes ses composantes sociologiques, doit comprendre que, pour ceux qui défendent l’idée d’une Kabylie libre et indépendante, cette indépendance constitue la voie à poursuivre pour assurer la continuité de notre existence collective.

Un peuple qui abandonne sa mémoire, sa dignité et sa responsabilité envers les générations futures risque de perdre ce qu’aucune richesse ne pourra jamais lui rendre.

Les feux, les massacres, les emprisonnements, les viols, les souffrances, la déportation et l’exil se poursuivront si nous ne nous réveillons pas, si nous ne brisons pas le mur de la peur, le mur du silence et celui de la lâcheté de ceux qui se cachent derrière leur propre ombre. S’il est vrai que le courage ne s’achète pas, il est du devoir de chaque Kabyle de participer, selon ses possibilités et par les multiples moyens dont il dispose.

Il faut surtout en finir avec la trahison de ceux qui servent le bourreau pour des intérêts mesquins. Aucun peuple ne peut confier éternellement son destin à ceux qui prétendent décider à sa place. Chaque Kabyle, à quelque niveau social qu’il se trouve, doit comprendre que la liberté n’est pas seulement l’affaire des militants, des prisonniers ou de quelques familles engagées. Elle est une responsabilité collective.

Raveh Urahmun
Exil, le 18 septembre 2026

SIWEL 182245 SEP 26

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