| | | | | | |

Algérie–Émirats arabes unis : diplomatie de la rupture, terrorisme instrumentalisé et isolement d’un régime

ABU DHABI, ÉMIRATS ARABES UNIS (SIWEL) — Plusieurs médias internationaux, dont Middle East Online et Middle East Eye, relayant des informations issues de journaux algériens proches du pouvoir, notamment El-Khabar et Le Soir d’Algérie, rapportent que l’Algérie envisagerait de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis. Officiellement, Alger invoque de supposées « ingérences » et un prétendu soutien au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). Officieusement, cette nouvelle crise révèle surtout l’isolement croissant d’un régime qui instrumentalise le mot « terrorisme » pour masquer ses propres contradictions.

La crise actuelle ne surgit pas de nulle part. L’animosité du régime algérien envers les Émirats arabes unis est assumée et régulièrement mise en scène dans l’espace public. Depuis plusieurs années, la télévision publique algérienne s’illustre par des invectives d’une rare virulence contre Abou Dhabi, accusé tour à tour de « complot », de « trahison arabe », de collusion avec Israël et de menées hostiles contre l’Algérie. Ces attaques, proférées sur des chaînes étatiques, traduisent une hostilité structurelle et relèvent d’une stratégie de désignation permanente d’ennemis extérieurs.

Dans ce climat déjà délétère, l’accusation devenue mécanique de liens supposés entre Abou Dhabi, Rabat, Tel Aviv et le MAK, abusivement classé « organisation terroriste » en 2021 par décret politique algérien, sert de prétexte commode. Cette qualification est explicitement contredite par le Département d’État américain, comme l’attestent les rapports officiels des États-Unis sur le terrorisme : aucun État démocratique n’a suivi Alger dans cette criminalisation d’un mouvement politique kabyle pacifique.

Cette posture apparaît d’autant plus fragile que le régime algérien est accusé par plusieurs États du Sahel d’être une base arrière de groupes djihadistes affiliés à al-Qaida et à l’État islamique, bénéficiant de tolérances, de facilités logistiques et de zones de repli. Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a publiquement évoqué une Algérie offrant à ces groupes « le gîte et le couvert », mettant en lumière une contradiction majeure entre le discours officiel algérien et la réalité sécuritaire régionale.

À cette liste s’ajoute un fait central, systématiquement éludé par Alger : le Maroc a, à de multiples reprises, documenté et porté devant les instances internationales le fait que l’Algérie héberge, finance et arme le Front Polisario, installé durablement sur son territoire. Ces éléments, régulièrement versés aux dossiers diplomatiques et sécuritaires, décrivent un parrainage étatique assumé. Par ailleurs, de nombreuses analyses spécialisées et sources sécuritaires indépendantes relèvent que ce mouvement armé recourt à des méthodes assimilables au terrorisme, au point d’être comparé par certains observateurs à d’autres organisations classées terroristes dans différentes régions du monde. Ce soutien étatique contraste violemment avec la posture moralisatrice d’un régime qui prétend combattre le terrorisme tout en entretenant l’un de ses principaux relais armés régionaux.

L’épisode émirati s’inscrit ainsi dans une trajectoire de ruptures diplomatiques répétées : rupture unilatérale avec le Maroc (2021), gel brutal des relations avec l’Espagne (2022), tensions ouvertes avec les États du Sahel — Mali, Niger et Burkina Faso — en 2025, et relations en yoyo avec la France, rythmées par des crises mémorielles instrumentalisées, des rappels d’ambassadeurs et une méfiance durable.

Le schéma est désormais limpide : à chaque revers diplomatique ou difficulté interne, le régime algérien invoque un complot extérieur et brandit l’accusation de terrorisme, y compris contre une revendication politique kabyle pacifique, tout en hébergeant, finançant ou tolérant des acteurs armés violents lorsque cela sert ses intérêts géopolitiques.

La possible rupture avec les Émirats arabes unis confirmerait une tendance lourde : celle d’une diplomatie de l’affrontement. L’Algérie n’édifie plus de partenariats durables, elle accumule les brouilles, s’isolant davantage sur la scène internationale, tandis que la Kabylie libre gagne en visibilité et en crédibilité hors du récit imposé par Alger.

SIWEL — 082245 JAN 26

À lire aussi